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21/1/09-YEROUCHALMI®N°77-25 Teveth 5769

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1. La Langue, lieu d'exil : Hébreu et Yiddich
avec Charles Melman

2. L'Iran et le Hamas, barbares de chez barbares
3. Israël 2009 par l'écrivain pacifiste A.B. Yehochoua
4. La Bible et la guerre de Gaza
5. Antisémitisme éternel 1940-2009, Marc Knobel
6. Les rouleaux sacrés d'Ukraine sauvés après 2 siècles
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1. La Langue, lieu d'exil : Hébreu et Yiddich
avec Charles Melman                                      Adaptation Yerouchalmi
de l'article sur le beau film "Langue sacrée, langue parlée" de Nurith Aviv.
          
La vie suppose la parole ou acceptation de l'exil subjectif de chacun. Comment reconnaître que cet exil est légitime et qu'il n'amène pas soit à la volonté de se supprimer, soit à se retourner contre celui qui a pu l'y conduire. Le Yiddich est la langue qui dit cet exil subjectif; ce qui en est le signifié, ça n'est pas seulement le D.ieu Un, mais aussi ce D.ieu en exil, dont le caractère marqué est garanti par l'alphabet peuplant ce lieu hétérogène de lettres hébraïques pour en faire un vrai lieu d'exil qui dit l'exil du D.ieu, dans une nostalgie de venir le rejoindre.
Langue parlée et Langue sacrée
   

       Si l'hébreu est une langue sacrée, il a assurément un devoir d'universalité. Tirons-nous suffisamment les leçons du message que véhicule cette langue pour en faire, effectivement, une leçon d'universalité ?

       Une langue sacrée a pour propriété de ne parler que d'une unique instance, de n'avoir qu'un unique signifié, et du même coup, entend faire entendre cet unique signifié par la perfection supposée, le caractère immuable, fixé une fois pour toutes de la langue qui l'exprime en ce sens. Chaque locuteur devrait veiller à ne pas y introduire l'impureté de son existence, voire même de ce qui serait son souffle à lui, la césure personnelle que son existence viendrait introduire, qui doit s'effacer, se mortifier pour faire entendre cette langue sacrée.
       Cette leçon interne au message biblique s'est trouvée vérifiée par bien d'autres peuples, qui ont développé cet amour pour leur 'langue nationale' à qui ils ont donné ces mêmes immutabilité et  pureté. Avec des gardiens "chargés de", dont la vigilance se doit, tels des prêtres laïcs, de veiller à la pureté de cette langue purement imaginaire. Et nous savons combien ces passions collectives prennent appui, justement, sur lesdits devoirs prescrits par cette langue sacrée, au point même,  que, souvent, il y a clivage radical entre la langue sacrée et la langue parlée (cf. à l'extrême, l'arabe), comme si la vie profane se voyait assigner une langue spéciale différente de celle du devoir et de la mortification qu'elle inclut, comme si cette mortification relevait de la langue.
L'utopie de la "perfection de la langue" 
       Les Martiniquais ou Guadeloupéens, parlent une langue qui est la langue domestique, de la familiarité, des échanges amoureux, et il y a chez eux des intellectuels de haut niveau qui s'attachent à vouloir faire du Créole une langue véritablement "sacrée".
C'est-à-dire, une langue normativée, ayant sa grammaire, son orthographe, ses fautes de syntaxe, ou de lexique. C'est agréable de faire des fautes, de prendre des aises avec la langue que l'on parle, de créer du même coup des maîtres, parce que si on crée une langue nationale, on crée bien sûr avec elle ceux qui en sont les spécialistes, ceux qui en sont supposés les maîtres. Et donc de s'inventer cet ancêtre hypothétique et qui serait le générateur de leur communauté.
 
       Nous savons combien la Belgique est déchirée par le fait qu'une large partie de la population considère le combat qui y entredéchire flamands et wallons, comme essentiellement linguistique.
Il a des supports économiques bien sûr, mais ce qui alimente la passion ou l'engagement de chacun, est la volonté de privilégier une langue élevée au rang de langue sacrée, ne parlant plus que de cet ancêtre supposé originaire et cela à partir de, en établissant ce qui serait la "perfection de la langue".
a) La langue, lieu hétérogène exprimant la singularité 
       Pendant qu'Herzl réunissait le congrès sioniste (en langue allemande!), un progrès majeur a été introduit par la psychanalyse, qui a consisté à montrer que ce lieu Un, que je cherche à habiter, dont je cherche à faire mon sol, ma patrie, ma garantie, que ce lieu Un, avait pour propriété d'être en fait définitivement hétérogène. De surcroît, un produit hétérogène à la langue, elle-même hétérogène.
Elie Wiesel disait " Freud, formidable ! Mais une chose que l'on ne pourra jamais lui pardonner, c'est d'avoir fait de Moïse un Égyptien dans son 'Moïse et le monothéisme' " avait voulu montrer que Moïse, l'ancêtre dont nous nous réclamons, nous était finalement  hétérogène, autre.
Et ce qui fait que "lorsque dans une langue, j'introduis ma parole, je me mets en tant que sujet en position d'exil", je prends moi-même place pour ma parole dans ce lieu hétérogène : dans cette singularité étrange qui est la mienne.
        Chaque langue en vient à isoler ce lieu Un, étrange, hétérogène, redoutable, éventuellement menaçant et que la religion va venir faire habiter de cette instance protectrice et aimante pour la créature ainsi en difficulté, devant ce que ce lieu Un, peut bien attendre d'elle, ce qu'il lui veut, ce qu'il exige. Je dis bien ce lieu hétérogène, puisque il n'est possible à chacun d'entre nous de ne venir le rejoindre que dans la mort.
b) ou La langue, lieu parfait exprimant la folie
       Ainsi, la folie, inclut la soumission totale de l'individu au signifiant, à la langue. Le 'fou' est habité par un langage qui l'entraîne, le dévaste, l'annule en tant que sujet, le commandant intégralement.
Et pourtant, ce lieu Un que nous cherchons,
notre voeu le plus profond, c'est d'être parfaitement guidés, pour pouvoir enfin lui être fidèle.
       Chacun, du fait du rapport au langage, va se trouver pris dans la même folie, dans ce même amour de la langue et d'un texte dont il finira par faire, même quand ce texte a un auteur politique, à faire un texte sacré, c'est-à-dire auquel il faut obéir aveuglément et en annulant sa propre existence, sa propre subjectivité, sa propre ignorance.
Le Yiddich exprime l'exil subjectif de la langue  
       La vie suppose la parole, c'est-à-dire l'acceptation de l'exil subjectif de chacun, et de reconnaître que l'on reste en partie en exil (sans allusion politiqueaucune) dans son propre pays, même quand ce pays, il a fallu le conquérir après la lutte que l'on sait. Comment reconnaître que cet exil est un exil légitime et qu'il n'amène pas à la volonté soit de se supprimer, soit à se retourner contre celui qui a pu le conduire à de telles conditions qui ne sont pas compatibles avec la vie elle-même.
       Pour moi, le Yiddich est la langue qui dit formidablement cet exil subjectif, ce dont parle le Yiddich, ce qui en est le signifié, ça n'est pas seulement le D.ieu Un, mais aussi ce D.ieu en exil et dont le caractère marqué, hébraïque, est garanti par l'alphabet qui transcrit la langue anglo-saxonne, peuplant ce lieu hétérogène de lettres hébraïques pour en faire un vrai lieu d'exil qui dit l'exil du D.ieu, et cela, dans une nostalgie de venir le rejoindre.
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2. L'Iran et le Hamas, barbares de chez barbares
A) Iran - le JDD du 13 janvier 2009 - CQFD!
Deux Iraniens reconnus coupables d'adultère ont été exécutés par lapidation en décembre, et un troisième s'est échappé pendant le supplice.
       La précédente lapidation officiellement reconnue par la République islamique remontait à 2007, alors que cette pratique dénoncée par la communauté internationale n'est formellement plus recommandée par les autorités.
       Selon le code pénal islamique en vigueur en Iran, les hommes reconnus coupables d'adultère doivent être enterrés jusqu'à la taille et les femmes jusqu'à la poitrine avant d'être lapidés.
       Les pierres employées ne doivent pas être trop grosses afin de ne pas provoquer une mort trop rapide.
       CQFD!
B) Le Hamas brûlant vif des condamnés pour vol avec violence
       Vidéo réalisée par des journalistes égyptiens relative à l'exécution par le Hamas selon ses méthodes usuelles dont on se demande si elles font rêver ses défenseurs bienveillants? Cliquez sur le lien ci-dessous :
http://www.road90.com/watch.php?id=Niv2YB4m3M
       CQFD!
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3. Israël 2009 par l'écrivain pacifiste A.B. Yehochoua
Avraham B. Yehochoua (surnommé Aleph Beth Yehochoua en Israël) est un des plus grands écrivains israéliens et professeur de littérature à l'Université de Haïfa. Né en 1936 à Jérusalem, il reste une figure du pacifisme et de la gauche israélienne écoutée par toutes les tendances du pays.   Signalons son excellent "Responsable des ressources humaines" (Calmann-Lévy).
Il nous décrit queqlues traits marquants d'Israël 2009.
Le morcellement communautaire n'est plus aussi marqué qu'il y a vingt ans. Dans les années 80, la fracture entre Ashkénazes et Séfarades alimentait des campagnes électorales parfois violentes. Ce n'est plus le cas : la société israélienne est moins clivée. N'oubliez pas que, pendant les cent vingt ans d'existence du sionisme, malgré l'âpreté des débats, des différends et des disputes au sein du mouvement national juif, seuls vingt-cinq Juifs ont été tués par d'autres Juifs pour des raisons idéologiques ou politiques ! La société israélienne rassemble des Juifs venus des quatre coins du monde. Et dans ce kaléidoscope de la diversité planétaire, nous avons, jusqu'ici, désamorcé tous les risques de guerre civile.
       Le conflit des laïques et des religieux me paraît de loin le plus menaçant à terme. La «laïcisation» de l'Etat d'Israël arrivera sans doute un jour, mais ce sera une opération très délicate. Des Israéliens non juifs pourront apporter une contribution décisive aux destinées de la nation israélienne. La religion restera, bien sûr, une des composantes fondamentales de l'identité juive. Mais rien n'empêchera un général druze d'être le chef d'état-major de l'armée israélienne. D'ores et déjà, un juge de la Cour suprême est arabe.
       Israël, n'est ni l'Europe ni le monde arabe, c'est un morceau de l'aire civilisationnelle qui englobe l'Egypte, le Liban, la Turquie, la Grèce, le sud de l'Italie, l'Afrique du Nord et... la Provence. Israël peut devenir un «accélérateur de démocratisation» pour son environnement arabe, à cause de l'origine de sa population. La moitié des Israéliens sont des Juifs orientaux réfugiés des pays arabes et musulmans. C'est la raison pour laquelle je ne suis pas de ceux qui veulent pousser Israël vers l'Europe. Israël, avec certains de ses voisins, pourrait prendre l'initiative de la création d'une organisation des pays méditerranéens. Cette initiative donnerait une nuance méditerranéenne à la globalisation dominée par les Etats-Unis.
       Les chances d'une négociation avec les Palestiniens sont quasiment nulles, c'est ce qu'auront révélé en pleine lumière la seconde intifada et la victoire du Hamas en janvier 2008 aux élections palestiniennes. La confiance mutuelle s'est évanouie.
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4. La Bible et la guerre de Gaza
Yerouchalmi basé notamment sur Géopolitiquebiblique

1)  BIBLE JUIVE : PROPHETE CEPHANIA 2,4

"Gaza deviendra une solitude, Ashkélon une ruine, Ashdod sera expulsée en plein midi...
Malheur à vous Canaan pays des Philistins qui occupez le littoral de la mer,
Menace de l'Eternel : Je vous ruinerai jusqu'à vous dépeupler...
Votre district va échoir aux survivants de la Maison de Juda
 ... quand    Je les aurai ramenés!"
2) GENESE, SECTION MIKETS
Israël a en fait gagné sa guerre dès l'attaque aérienne massive déclenchée le Chabat 27 décembre où on lisait dans la Genèse la Paracha de "Mikets" toujours lue lors de la fête de Hanouka.
Mikets : la fin et un beau redémarrage
       Le Midrach commence son exposé sur cette Paracha, en citant un passage du livre de Job "à la fin des deux années, Dieu met fin à l'obscurité". Les faits : Joseph, en terre d'Égypte, est mis en prison où il reste 12 ans avant d'en sortir grâce, en réponse à une question de Pharaon sur ses rêves étranges, à sa brillante interprétation économique suivie de recommandations concrètes, véritable plan économique sur 14 ans, dont la msie en application transformera l'Égypte, pays menacé de famine, en une puissance économique et politique concentrant les richesses du Moyen-Orient.
       La fin de sa dure captivité est donc suivie par une prospérité étonnante. dans cet ordre d'idées, le mot "Kets" de "Mikets" est à comprendre comme "fin", annonçant la fin d'un monde ancien et l'apparition d'un nouveau monde. En effet, contrairement à la traduction de la Bible du Rabbinat, Mikets (selon Onquélos, cité par Rashi)  ne signifie pas au "bout de", mais "à la fin des"... 2 ans de captivité de Joseph dans les geôles de Pharaon. Onquélos emploie pour le mot "fin", l'expression "MiSof". C’est un mot charnière qu'il faut comprendre comme une fin suivie par un commencement. Ce n'est donc pas pour rien que cette Paracha est lue à 'Hanouka, qui annonce la fin de la tyrannie et la naissance de l'espoir et de la délivrance. C'est donc dans le contexte des miracles de Hanouka et d'une fin associée à un redémarrage que la Guerre de Gaza est déclenchée.
Ce qui a changé
       Ce qui a changé, c'est d'abord la patience d'Israël qui, à la fin de (Mikéts), 8 ans de bombardements incessants sur les villes du Néguev, décide qu'il est temps de réagir et de changer la donne. Belle patience, que certains pensaient éternelle. Ce qui a ainsi pris fin, c'est l'image d'un Israël « looser », qui doit faire face aux insuccès de la Guerre du Liban, un Israël qui n'a plus la force, dans un Moyen-Orient où la force est, hélas, la seule valeur à laquelle on accorde du crédit.
       Ce qui a changé c'est la nouvelle cohésion parmi les israéliens, qui approuvent dans leur quasi-totalité, la riposte, et qui ont fait preuve d'un comportement exemplaire dans les villes, où la population a suivi avec application les consignes de Tsahal.
       Ce qui a changé, et c'est moins perceptible, c'est, comme le dit un commandant, que de plus en plus de combattants mettent les Tefilin, participent aux prières, bref, prennent conscience de leur judaïsme. Pratiquement tous les reportages sur les soldats tombés au front ou sur les blessés montrent des soldats portant kippa et tsitsit; sachant que des Institutions comme le Merkaz Harav, se sont vidées de leurs étudiants parce qu'ils sont tous sur le front à Gaza.
      Ce qui a changé c'est que 4 politiques qui se détestent cordialement, dont Bibi Netanyahou, se sont mobilisés pour faire entendre une seule voix, même si leurs préoccupations électorales restent en arrière plan.
       Ce qui a changé, c'est le clivage net entre les pays arabes "pragmatiques", et les pays fous,  tels la Syrie, l'Iran et le Quatar.
Les juifs n'ont plus la cote
       Ce qui a changé c'est l'image d'Israël auprès des nations molles. En effet, si l'image d'Israël était jusque là mauvaise, elle est devenue carrément catastrophique.
       Auprès des hommes politiques, Israël peut faire le compte, non pas de ses amis, mais de ceux qui comprennent ses exigences. D'un côté, Tony Blair, Angela Merkel, Bush, les Tchèques.
De l'autre, l'ONU, les Russes, les Italiens. Entre les deux, la France.
       Un nouveau monde se dessine : un monde où les juifs n'auront pas la cote.  L'opinion publique internationale, chauffée par des médias partiaux et hystériques se rereprésente le juif déicide qui continue son œuvre satanique, en tuant des enfants palestiniens. Les certitudes sont confortées par des déclarations de l'Eglise catholique (rares heureusement) comme le Cardinal Martino, déclarant sans frémir que "Gaza est un camp de concentration". Donc les soldats israéliens sont des nazis, bourreaux sanguinaires et, dernière trouvaille: ils utilisent de drôles d'armes gazeuses, comme celle qu'on utilisait à Auschwitz, sans doute pour les gazer.
Les juifs champions financiers, puis responsables de la crise
       La crise économique, masquée par le conflit, est toujours bien là, prête à resurgir dès que l'opération aura pris fin et dont les boucs émissaires (juifs bien sûr!) sont déjà désignés (cf. la faillite de Lehman Brothers qui l'a déclenchée ou l'affaire Madoff tombée au pire moment).
       Ceci nous renvoie, de plein fouet, sur la Paracha Mikets, où l'on ne traite pratiquement que d'économie, avec Joseph, l’Hébreu, dans le rôle du "Grand argentier". Et de surcroît, selon nos Sages, la richesse accumulée en Egypte quand Joseph occupait le poste de Ministre des Finances, est passée aux mains des Hébreux, lorsque qu’ils quittent définitivement l'Égypte. Les Égyptiens, pour des raisons obscures, les prennent en sympathie et leur font de somptueux présents : argent, or, bijoux, ... Ces richesses, qui serviront à fabriquer aussi bien le Tabernacle que le Veau d’Or, accompagneront les juifs dans leurs pérégrinations.
La fin... des ténèbres?
       Et comme dans Mikets, et au delà de la guerre à Gaza, le monde va rentrer dans une nouvelle ère, où l'arrivée au pouvoir d'Obama ne sera pas négligeable.
       Enfin comme aux temps des Pharaons d'Egypte ou actuels Raïs, le fils de Hosni Moubarak, Gamal, est, à l'occasion de cette guerre, présenté comme le futur Raïs, appelé à succéder au père...
       Espérons, comme dit le Midrach sur la Paracha Mikets: tout a une fin, y compris les épreuves, mais une fin suppose un recommencement. Sachant qu'à partir de ‘Hanoucca, les jours allongent; les ténèbres, en toute logique, devront se raccourcir.
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5. Antisémitisme éternel 1940-2009, Marc Knobel   adaptation Yerouchalmi
Mais pourquoi donc les copains et les copines voyaient en elle une « sale juive » ? Pourquoi devait-elle endosser roquettes et bombes de Gaza et autres Sderot ? 
Les élèves juifs encore massacrés
       En 1943, à Revel, près de Toulouse, lorsque les élèves se rendaient dans la cour de récréation, un petit gosse de confession juive d’une douzaine d’années, se plaçait toujours près d’un mur, pas loin des salles de classes. Il restait à côté de son instituteur, qui le protégeait. Ce petit gosse avait peur. Il craignait que les autres gosses se ruent sur lui et qu’ils se mettent à crier : «  Petit youpin, petit youpin.. ! » Ce petit gosse c’était mon père. 
       Le 5 janvier 2009, à Villiers-le-Bel, une adolescente de 14 ans a été agressée à la sortie de son établissement scolaire par des élèves de son collège. S’agissait-il de copains, de copines ? Les insultes antisémites et les menaces ont alors été proférées « Tu vas payer pour ce que font les Israéliens à Gaza » « Tu diras à tes frères juifs qu’on ne laissera pas faire ». Elle a été ensuite projetée à terre et frappée à coups de pied brisant ses lunettes. Cette petite gosse a dû être effrayée, la peur au ventre à en pleurer. Mais pourquoi donc les copains et les copines voyaient en elle une « sale juive » ? Pourquoi devait-elle endosser roquettes et bombes de Gaza et autres Sderot ? En quoi, était-ce de loin ou de près de sa responsabilité ? Et pourquoi devait-elle porter cette croix-là ?
Les travailleurs juifs encore maltraités
       En 1941-1942, dans le 3ème  arrondissement, les magasins avaient été fermés les uns après les autres puis les fonds spoliés. Les petits artisans, les commerçants et les ouvriers avaient cru qu’ils seraient heureux "comme D. ieu en France". Ils furent arrêtés ou s’enfuirent parce que Juifs et, sur les devantures de leurs magasins, fleurirent de petites affichettes pour expliquer que ces commerces étaient tenus par des Juifs. Pas loin de là, dans un petit square, il y avait un petit panonceau qui marquait que ce lieu était interdit aux Juifs. Mon père me l’a raconté.  
       Le 5 janvier 2009, sur la vitrine d’un magasin, appartenant à un commerçant de confession juive, à Saint-Fons, une inscription « 385 morts palestiniens – 3 étoiles de David » a été retrouvée. A Bordeaux, dans la soirée du 1er janvier 2009, un tag a été retrouvé sur la vitrine d’une boucherie cacher : « Boycott des produits d’Israël ! », etc… etc…
2009 toujours antisémite, et c'est en bas de chez nous !
       J’arrête là ! Je n’ai plus envie maintenant de rapprocher des événements qui n’ont pas lieu d’être et je m’interdis dorénavant de faire le moindre amalgame. Cela n’a aucun sens ! Oui, c’est vrai. Mais, je ne peux m’empêcher de dire ma peine et mon effroi... 
-Cela fait depuis trop d’années que les petits gosses Juifs ont peur ! et c'est en bas de chez nous!
-Cela fait depuis trop d’années que les fidèles rasent les murs ! et c'est en bas de chez nous!
-Cela fait trop d’années que des Juifs doivent cacher leur kipa ! et c'est en bas de chez nous!
       Etes-vous donc aveugle ? J’ajoute que cela fait depuis trop d’années que les Juifs ont mal des rires sarcastiques de Dieudonné, pauvre et piteux clown d’opérette. Cela fait trop d’années que dans des forums, sur le Net et autres Facebook, on se gausse des Juifs. Quelle belle rigolade que voilà, que de boute-en-train et de si joyeux lurons qui rient et rient encore : « youpins ! youpins !!!! »
       Alors, dîtes moi un peu, bonnes âmes, qui êtes toujours si prompts à défiler dans les rues, qu’allez-vous donc faire pour que le petit Juif soit respecté dans sa cour d’école, en bas de chez vous ? Est-ce là vraiment notre seule gloire ?
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6. Les rouleaux sacrés d'Ukraine sauvés après 2 siècles
avec Henri Haget avec Alla Chevelkina, adapté par Yerouchalmi
Souvent, Nicolaï a songé à se débarrasser de l'héritage de tante Tamara. Un jour, la Torah a même été remisée où s'ébattent une dizaine d'oies, là où un trou creusé dans la terre fait office de toilettes. Au printemps 2006, D. ieu intervient. A la télé, Larissa a vu un rabbin qui lisait la prière sur un parchemin presque identique au sien...
Sauvée des Nazis par la non juive Tamara, 1er miracle
       Son destin renvoie à celui de Tamara, une vieille tante non juive de Larissa Lichenko, sage-femme d'Andreyevka où les Einsatzgruppen ont massacré la population juive, brûlant ses textes sacrés. C'est grâce à elle que le parchemin juif datant de 2 siècles n'a pas été englouti dans les catacombes de l'Histoire. A sa mort, en 1991, elle lègue donc à Larissa et Nicolaï sa seule fortune: un gros coffre en bois renfermant les photos de son mariage comprenant au milieu d'un fouillis un "rouleau de carton avec des lettres arabes". Les Lichenko veulent croire que, de par son métier, elle avait fréquenté la plupart des familles juives locales et qu'elle a sauvé cette Torah comme elle aurait sauvé une vie. Ils veulent croire.
       Souvent, Nicolaï a songé à se débarrasser de l'héritage de tante Tamara. Un jour, la Torah a même été remisée avec le bois, derrière la maison, dans la cour où s'ébattent une dizaine d'oies, là où un trou creusé dans la terre fait office de toilettes. Elle atterrit finalement sur les étagères de l'entrée, coincée entre les romans à l'eau de rose et les livres de cuisine. Et c'est comme un honneur qui lui est fait.
Une rareté de 200 ans
       Au printemps 2006, D. ieu intervient. A la télé, Larissa a vu un rabbin qui lisait la prière sur un parchemin presque identique au sien. Le couple demande à Youri, un collègue juif, professeur d'informatique, de poster un message sur un forum communautaire pour signaler qu'une merveille -peut-être- se cache dans un bled du fin fond de l'Ukraine**. L'Agence juive décide d'envoyer son plus fin négociateur sur le terrain, Arkadi Golod, ancien radiologue reconverti dans le commerce d'oléagineux et taillé comme un pitbull. Quelques jours après le premier coup de fil aux Lichenko, muni des 500 $ convenus, Arkadi se rend chez Nicolaï l'instituteur qui fait grimper les tarifs. Tout pitbull et commerçant qu'il est la négociation d'Arkadi s'achève à ... 15000 $!
       Le Rabbin Kaminezki, de Dnipropetrovsk a expliqué à Arkadi comment transporter la Torah en la roulant dans un Taleth (châle de prières) posé dans une boîte en carton, elle même incluse dans une seconde boîte. Les rouleaux sont sur son bureau sont polis par la poisse, ombrés de moisissures, mais sublimes. Un expert jette un avis formel: cette Torah est une rareté rédigée, il y a 2 siècles en Europe centrale. Seul problème, et de taille : il lui manque la moitié des cinq livres du Pentateuque. "Nous irons l'enterrer au cimetière...", décrète le Rabbin, car la Torah est un être vivant et quand elle meurt, on célèbre ses funérailles.
       Mais autour du Rav, une sourde colère se lit dans les regards des fidèles. Et si laTorah pouvait être sauvée? Encore une fois.
**Déportés par les Tsars, pourchassés par les cosaques, exterminés par les nazis, martyrisés par les soviétiques, les juifs d'Ukraine n'étaient qu'un peuple de morts-vivants, dont dans les années 1990, après l'indépendance, 500 000 (!) ont fait leur Alya.
La Thora de Tamara et sa moité manquante, second miracle.
       Il a fallu rassembler 30 000 dollars et exfiltrer la relique, en contrebande, vers Israël pour que le roman continue. A Jérusalem, un atelier de restauration recèle une collection unique de ces Bibles rescapées du monde entier. Certaines sont déchiquetées, d'autres noircies de haine. Il y avait une chance sur un million pour que notre Torah de Dnipropetrovsk y trouve sa moitié manquante.
       Mais le désespoir est une invention de mécréants. Des fragments de livres exhumés en Roumanie correspondent exactement à la Torah orpheline. Durant six mois, avec un soin de diamantaire, les artistes de Jérusalem vont retailler le parchemin à l'identique. Et, en mai 2008, précédée d'un cortège digne d'un chef d'Etat, la Torah, coiffée d'une couronne en argent, fait son entrée dans la synagogue de la Rose-d'Or. Autour d'elle, les gens chantent et bondissent comme des lutins hystériques. Le Rabbin, lui, pleure en silence.
Moïse Greiman n'était pas à la synagogue, en ce jour béni. Ses yeux brillants et ses oreilles décollées le font ressembler à un gamin. C'est la seule part d'enfance qu'on ne lui a pas arrachée. Il avait 10 ans quand les SS sont venus le chercher, lui et toute sa famille, en octobre 1941. 10000 juifs marchaient en procession vers la mort. "Plus on avançait et plus le bruit des mitrailleuses se rapprochait." Son père lui serrait très fort la main mais Moïse a couru comme un lièvre apeuré. Il a marché 3 ans à travers l'Ukraine. Cette Torah surgie des limbes, elle est aussi pour lui.
Les sarabandes après dernières corrections
       L'assistant du Rabbin s'aperçoit que dans le récit de Jacob et des 12 tribus d'Israël, des lettres se sont effacées. Quelque lettre manquante ou même écornée, et la Torah n'est plus "kasher"; on ne peut dès lors plus l'utiliser pour le culte. Alors, le rabbin Kaminezki décide d'accomplir le dernier des miracles en convoquant le scribe de la communauté, Arye Leib, à la barbe malingre et à la casquette noire. Celui-ci va, comme le rituel l'impose, se tremper au bain rituel (Mikwé) toutes les 3 heures, avant de tremper sa plume d'oie dans l'encre divine, composée de noisette concassée, d'huile d'olive et de bien d'autres choses encore. Et D. ieu de guider son geste, la plume de crisser doucement sur le parchemin pour dessiner magnifiquement les lettres manquantes.
       Alors, la vie de la Thora de Tamara peut recommencer. Les fidèles se télescopent en de furieuses embrassades et sarabandes joyeuses. Le Rabbin replie la Torah dans son fourreau blanc. Là-haut, le Tout-Puissant peut être fier de ses rejetons.
       A Dnipropetrovsk, Sa Loi est vraiment entre de bonnes mains...