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14/10/09 - YEROUCHALMI N°105® -26 Tichri 5770

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                     AU SOMMAIRE
              1. Le Nobel, les juifs et Israël
              2. Pour les non-juifs : 7 Lois Noahides
              3. Lettre à Golda Meir : Israël, le Hamas, les Nations
              4. Irak, Afghanistan, Iran avec Laurent Murawiec (z.l.)
              5. D.ieu et l’Homme : impossible rencontre ?
                     Leçon biblique du Rav Avigès, Yechiva du Rav Feinstein.
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Deux décès prématurés touchent la Communauté
L'historien LAURENT MURAWIEC, défenseur de la liberté et d'Israël vient de nous quitter à 60 ans d'un cancer, laissant ses amis très affligés. Ce spécialiste de géopolitique, travailla, après le Ministère de la Défense, pour la Rand Corporation et le "Defence Policy Board" du Pentagone. Pratiquant 7 langues, il était Professeur à la Washington University. Ses maîtres : Léon Poliakov et Ali Mazaheri, historien du monde musulman.
          J'avais invité Laurent à 3 séminaires EADS que j'organisais en petit comité pour la DG. L'allergie première à un intervenant pro US était vaincue dès sla 1è heure d'intervention et nous passions  2 à 3 jours de vifs et enchanteurs débats grâce à son intelligence.
Cf. Interview article 4
. Lire (O. Jacob) : "L'esprit des Nations" ; "La guerre au XXIè siècle".
Le fondateur des Editions Verdier GERARD BOBILLIER nous a quittés à 64 ans d'un cancer. D'abord dans la Gauche Prolétarienne, Gérard Bobillier avait avec Benny Lévy, fondé Verdier en 1979. Après 30 ans sous la brillante houlette de cet humaniste, ami de la communauté juive, Verdier est riche de 700 titres (!), où le meilleur de la littérature côtoie la pensée difficile et, pour nous, plusieurs classiques juifs : Talmud, Zohar, Abravanel, Buber, Fackenheim, Saadia Gaon, Juda Hallévi, Benny Lévy, Malbim, Maimonide, Mopsik. En poche : "L’Âme de la vie" 'Haïm de Volozine, "Le Chandelier d’or" Steinsaltz, "La Dispute de Barcelone" Nahmanide, "Commentaires du Traité des Pères".
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1. Le Nobel, les juifs et Israël
          Le Nobel est une récompense mondiale annuelle depuis 1901 pour des personnes ayant apporté un grand bénéfice à l'humanité, par leurs découvertes et travaux dans la connaissance, la littérature ou la paix, selon les vœux d'Alfred Nobel, inventeur de la dynamite dont l’anniversaire le 10/12 est la date de remise des Prix (attribués en octobre).
       Ada Yonath (photo), israélienne, vient de le recevoir en Chimie, là où on attendait Amos Oz en Littérature. Au global, les juifs* sont 20 à 100 fois plus nombreux, Israël est dans les 1ers : impact de la Révélation du Sinaï, d'une destinée particulière ou ? * "Juif" signifie ici avec au moins un parent juif.
Surreprésentation Juive
   - Avec 180 nobélisés (sur près de 800), les juifs représentent 22% des prix Nobel pour 0.2% de la population mondiale, soit une surreprésentation d’un facteur 100.
   - Ramenée à la population occidentale cette surreprésentation reste anormalement élevée avec un facteur supérieur à 20 !
   - On retrouve à peu près ce facteur 20 aux USA et en France où les juifs représentent
          * aux USA moins de 2% des citoyens et 40% des nobélisés (même pourcentage pour la Médaille Nationale Scientifique US)
          * en France moins de 1% des citoyens et près de 20% des nobélisés.
Les français, pourtant 4 fois plus nombreux que les juifs du monde, ont néanmoins reçu 3 fois moins de Nobel avec 57 Prix, dont 10 juifs.
Nobels Juifs par discipline
Les statistiques des Nobels juifs sont les suivantes :
   - Autour de 40% de Nobels juifs en Economie 26 (56% des américains)
   - Autour de 25% de Nobels juifs en Médecine 53, Physique 47 et Chimie 31
   - Autour de 10% de Nobels juifs en Littérature 13 et Paix 9.
                Economie (créé en 1968) :
Samuelson (70), Kuznets (71), Arrow (72), Leontief (73), Kantorovich (75), Friedman (76), Simon (78), Klein (80), Modigliani (85), Solow (87), Markowitz et Miller (90), Becker (92), Fogel (93), Harsanyi et Selten (94), Merton et Scholes (97), Akerlof et Stiglitz (001), Kahneman (002), Aumann (005-photo), Hurwicz / Maskin et Myerson (007), Krugman (008)
                Médecine
Ehrlich et Metchnikoff (08), Bárány (14), Meyerhof (22), Landsteiner (30), Warburg (31), Loewi (36), Erlanger et Gasser (44), Chain (45), Muller (46), Coris (47), Reichstein (50), Waksman (52), Krebs et Lipmann (53), Lederberg (58), Kornberg (59), Bloch (64), Jacob et Lwoff (65), Wald (67), Nirenberg (68), Luria (69), Axelrod et Katz (70), Edelman (72), Baltimore et Temin (75), Blumberg (76), Schally et Yalow (77), Nathans (78), Benacerraf (80), Vane (82), Milstein (84), Brown et Goldstein (85), Cohen et Levi-Montalcini (86), Elion (88), Varmus (89), Fischer (92), Alfred Gilman et Rodbell (94), Prusiner (97), Furchgott (98), Greengard et Kandel (000), Brenner et Horvitz (002), Axel (004), Fire (006).
                 Physique
Michelson (07), Lippmann (08), Einstein (21), Bohr (22), Franck (25), Stern (43), Rabi (44), Pauli (45), Bloch (52), Born (54), Tamm et Frank (58), Segrè (59), Glaser (60), Hofstadter (61), Landau (62), Wigner (63), Feynman et Schwinger (65), Bethe (67), Gell-Mann (69), Gabor (71), Cooper (72), Josephson (73), Mottelson (75), Richter (76), Penzias (78), Glashow et Weinberg (79), Schawlow (81), Müller (87), Lederman/ Schwartz &Steinberger (88), Friedman (90), Charpak (92), Perl et Reines (95), Lee& Osheroff (96), CohenTanoudji (97), Alferov (000), Ginzburg et Abrikosov (003), Gross et Politzer (004), Glauber (05)
                 Chimie
von Baeyer (05), Moissan (06), Wallach (10), Willstätter (15), Haber (18), de Hevesy (43), Calvin (61), Perutz (62), Anfinsen et Stein (72), Prigogine (77), Brown (79), Berg et Gilbert (80), Hoffmann (81), Klug (82), Hauptman et Karle (85), Polanyi (86), Altman (89), Marcus (92), Olah (94), Kroto (96), Kohn (98), Heeger (000), Ciechanover / Hershko et Rose (004), Kornberg (006), Chalfie (008), Ada Yonath (009)
                 Littérature
von Heyse (10), Bergson (27), Pasternak (58), Agnon (66), Sachs (66), Bellow (76), Singer (78), Canetti (81), Brodsky (87), Gordimer (91), Kertész (002), Jelinek 3 (004), Pinter (005)
                 Paix
Asser et Fried (11), René Cassin (68), Kissinger (73), Mena'hem Begin (78), Elie Wiesel (86), Shimon Peres et Yitzhak Rabin (94), Rotblat (95)
                 Mathématiques
Récompensés depuis 1936 tous les 4 ans par la Médaille Fields (âge maxi 40 ans).
Nobels Israéliens
          Les israéliens ont, depuis 1948, reçu 9 Prix Nobel
Ada Yonath, Chimie 2009 ; Robert Aumann, Economie 2005 ; Aaron Ciechanover et Avram Hershko, Chimie 2004 ; Daniel Kahneman, Economie 2002 ; Yitzhak Rabin et Shimon Peres, Paix 1994 ; Menachem Begin, Paix 1978 ; Agnon, Littérature 1966.
Israël 3è au Monde
Classement en nombre de Nobels par million d’habitants :
En prenant en compte sa création tardive (ramenée à la période 1901/2009 sur les mêmes bases), Israël est en 3ème position mondiale avec 2.3 Nobel/1 million d’habitants*.
Le classement est le suivant :
     1 - Suisse (3.2)
     2 - Suède  (3.1)
     3 - Israël*, Norvège et Autriche (2.3),
     6 - Angleterre (1.9)
     7 - Allemagne (1.2)
     8 - Hollande   (1.1)
     9 - USA    (1 par million mais 20 par million pour leurs juifs)
   10 - France (0,9 par million mais 17 par million pour ses juifs).
*sans prendre en compte sa création tardive, Israël serait 6ème -1.5 Nobel/million hab.
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2. Pour les non-juifs : 7 Lois Noahides
Le judaïsme considère que les juifs sont, en tant que témoins particuliers de la Révélation, soumis à 613 commandements. Ils ont reçu pour mission de diffuser la croyance en un D. Unique, afin que ce monde Lui devienne une résidence et que l’humanité puisse y vivre selon Sa Volonté.
          Le judaïsme considère (Talmud Sanhédrin 56b) que l’ensemble de l’humanité, ayant reçu le témoignage de la Bible, est soumis à 7 lois essentielles révélées à Adam et Noé, «Lois Noahides», fils de Noé désigneant les humains.

Le Talmud déduit ces lois de Genèse (2, 16)  «D. de Justice donna ordre à l’homme, en disant : de tous les arbres du jardin manger, tu mangeras»

Les 7 Lois Noahides
Interdictions

1– de meurtre (du fait de l’usage de «à l’homme» car il est écrit : «Qui aura versé le sang de l’homme, par l’homme son sang sera versé ; à l’image de D, il a fait l’homme» Gen 9).
2– de vol (usage de «de tous les arbres du jardin» : ce qui n’est pas du jardin est interdit)
3– d’unions prohibées telles qu’adultère, inceste, immorales ou contre-nature
(du fait de l’usage de « en disant » car il est écrit : «en disant : Si un homme renvoie sa femme, et qu’elle soit à un autre homme, retournera-t-il vers elle» - Jérémie 3).

4– de consommer une partie d’un animal vivant ou obligation de respect dû aux animaux (du fait de l’usage de «vous en mangerez » car il est écrit «aucune créature, tant que son sang maintient sa vie, vous n'en mangerez» - Genèse 9).
   Tout en n'interdisant pas la viande animale, la Bible oblige à ne pas demeurer indifférent à la souffrance des animaux, pour a) respecter les créatures dont D-ieu a peuplé le monde
et b) affermir notre sensibilité aux souffrances de nos semblables.(cf ci-dessous)
5– de l’idolâtrie (usage du mot 'D.ieu' :«tu n’auras pas d’autres d.ieux devant Moi» - Ex.20)
6– de blasphème du Nom divin ou obligation de respect dû à D.ieu
(du fait de l’usage du mot «D.ieu»).
7–  Obligation d’institution d’une justice équitable (usage de "D.ieu de Justice").
Importance des Lois Noahides
          Le Rabbi de Loubavitch pensait que «c'est en faisant connaître et appliquer ces lois que l'on ramènera le genre humain sur la voie de l'humanité, et créera les conditions adéquates à l’arrivée du Messie». Les Loubavitch ont ainsi créé une campagne de mobilisation autour du leitmotiv : «J'apprends les 7 lois Noahides» pour, au-delà de tout prosélytisme, prôner cette morale de l'Humanité.
          Par rapport au Décalogue ou 10 commandements :
   - le respect des parents et du Chabat, dans le Décalogue, n'est pas dans les lois noahides
   - l’interdiction de consommer d’un animal vivant présent dans les 7 Lois Noahides ne figure pas dans le Décalogue (mais demeure une interdiction de base des 613 lois juives).  
Christianisme et Lois Noahides
          Etant écrits dans un contexte juif pharisien, les textes fondateurs du christianisme font explicitement référence à ces lois Noahides. Par 3 fois dans les Actes des Apôtres (15, 20, 21) et, en allusion dans Paul (Corinthiens, 5 et 8), le Concile de Jérusalem, impose aux nouveaux chrétiens des obligations relatives aux lois Noahides :
   - s'abstenir des viandes immolées aux idoles (loi noahide d’interdiction de l'idolatrie),
   - s'abstenir de l'impudicité (loi noahide d’interdiction des unions illicites),
   - s'abstenir des animaux étouffés ou viandes non-saignées (loi noahide d’interdiction de consommerr un membre d'un animal vivant),
   - s'abstenir du sang (loi noahide d’interdiction du meurtre ).
   - Corinthiens (6) fait allusion aux lois d’obligation de justice et d’interdiction du vol
   - Epître aux Romains (2, 24) fait allusion à la loi noahide d’interdiction de blasphéme.
          Les chrétiens respectent les lois noahides avec deux points en débat :
   - l’interdiction de consommer d’un animal vivant : le christianisme interdit la souffrance gratuite aux animaux. Cependant, il n’interdit pas la consommation, par ex. :
          * d’huîtres (consommées encore vivantes)
          * ou d’ailerons de requins qui, souvent, sont libérés avec leurs ailerons découpés (!)
   - si l’aspect trinitaire de la divinité chrétienne ou le signe de croix ne ressortent pas nécessairement du polythéisme (les chrétiens se considèrent comme monothéistes et certaines fractions du judaïsme les considèrent comme tels), ils n’en demeurent pas moins une difficulté pour la clarté de l’observance des lois noahides.
Respect envers l'animal
          Les Lois Noahides instituées par le judaïsme se retrouvent en tout ou partie dans la plupart des grandes religions, signe de leur justesse. Nous prendrons comme exemple le respect envers l'animal. La compassion de la Bible juive pour toute forme de vie animale est une règle que l’on retrouve dans les grandes traditions religieuses dont beaucoup créent des occasions pour s’abstenir de manger de la viande :
a) Religions non abrahamiques
   - Certains prêtres d’Égypte ne prenaient pas de viande dans leurs vœux de célibat. Ils rejetaient aussi la consommation des œufs, considérés comme de la « chair liquides».
   - Zarathoustra qui fonda la religion zoroastrienne enseigne « Que soient maudits ceux qui prêchent qu’il faut tuer le bétail et l’assassine pour s’en repaître».
   - Dans les temples Shinto au Japon, on interdisait les sacrifices d’animaux en conseillant l’alimentation végétarienne pour la purification du corps.
   - D’anciens textes du confucianisme et du taoïsme recommandent d’éviter les aliments carnés tel le porc « qui rend l’haleine désagréable aux ancêtres. »
   - Pour la religion Sikh, mélange d’hindouisme et d’islamisme, fondée en Inde au XVe, la consommation de viande est «impropre, particulièrement pour ceux qui essaient de méditer»
   - Le Bouddhisme est originellement végétarien : «Que le disciple s’abstienne de toute viande pour ne pas causer de frayeur à d’autres êtres vivants. C’est inconditionnellement interdit pour tous. » (Paroles de Bouddha Dhammapada). Un bouddhiste doit éliminer la viande car «la consommation de la chair détruit la compassion». (Mahaparinirvana Sutra)
   - L’Hindouisme est strictement végétarien : «Pour jouir d’une longue vie morale et spirituelle, d’une santé parfaite, l'on doit s’abstenir de toute chair animale… Qui peut être plus cruel et plus égoïste que celui qui se nourrit d’innocents animaux ? » (Mahabharata). 
«Puisque nul n’est en mesure de créer un être vivant, nul n’a le droit d’en tuer».
b) Religions abrahamiques
1) Le judaïsme
          L’humanité de la Bible est, avant le Déluge, végétarienne («je vous donne les plantes de la terre, les arbres, les graines et les fruits pour nourriture» Genèse 1, 29).
Le judaïsme annonce l’autorisation de consommer de la viande animale comme une concession faite aux instincts de l’homme après le Déluge («l’être humain tombe dans le péché et se met à offrir des animaux en sacrifices» - Genèse 4).
          Mais D.ieu n’est pas satisfait par ces sacrifices : «Je suis dégoûté des holocaustes de bélier et de la graisse des veaux. Le Sang des taureaux, des brebis et des boucs Me répugne… Vous avez beau multiplier les prières, Je refuse d’écouter, car vos mains sont couvertes de sang.» (Isaïe , 11-15). Au point que Maïmonide considère que les Sacrifices du Temple n’étaient qu’une étape passagère dans l’éducation de l’humanité !
          La viande dite « Kasher » provient
a) d’un animal abattu rituellement, pour minimiser sa souffrance selon les critères bibliques
b) dont on a retiré le sang : «ne mangez pas la chair qui contient la vie, son sang», Gen. 9.
2) Les chrétiens
s’abstiennent de viande les vendredis et les jours saints. Parmi les Pères de l’Eglise ou les mouvances chrétiennes :
          - Clément d’Alexandrie recommandait l’alimentation végétarienne : « il vaut mieux être heureux que de rendre nos corps pareils à des tombes pour animaux. Matthieu mangeait des céréales, des noix et des légumes, et s’abstenait de toute chair. »
          - Jérôme jugeait qu’un tel régime convenait mieux à une vie de quête de sagesse.
          - Jean Chrysostome considérait l’alimentation carnée comme une cruelle et contre nature: «nous imitons les mœurs des bêtes, nous faisons pire qu’eux. La nature les a faits pour qu’ils se nourrissent ainsi, mais D.ieu nous a dotés de la parole et de l’équité»
         - Benoît prescrivait les aliments végétariens pour ses moines.
         - L’ordre de la Trappe s’opposa à la consommation de la viande ou des œufs.
3) Dans l’Islam, Mahomet déclare «Celui qui est bon pour les créatures de Dieu, l'est également avec toutes» et ’il préférait la nourriture végétarienne :«Plusieurs anges descendront là où il y aura abondance de légumes».
          - A la Mecque, aucune créature ne peut être tuée, pas même un moustique.
          - Dans un lieu Saint, on fait très attention à ne pas écraser d’insectes.
          - Plusieurs branches, notamment la tradition Soufi, recommandent le végétarisme.
          - Les musulmans, comme les juifs, ne peuvent se nourrir de viande sans avoir préalablement suivi certaines règles.
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3. Lettre à Golda Meir,
Israël, le Hamas et les Nations

Eric-Simon Hanoune (Comité Directeur de SIONA) pour le CRIF. Adaptation Yerouchalmi
.
         Votre enfant, le petit Etat d’Israël, vous pouvez en être fière,
lui qui est devenu un des champions dans tant de matières : agriculture, médecine, High-Tech… mais aussi démocratie ! Pourtant, certains estiment qu’il mérite l’exclusion, au banc des nations qui l’accusent de massacre, de crime de guerre...
   Alors, je repense à certaines de vos réflexions qui prennent aujourd’hui tout leur sens !
La haine dont vous parliez, Golda, n’a jamais tari.
   Depuis son retrait complet de Gaza, Israël a remis le destin de ce territoire à l’Autorité Palestinienne. Pourtant, les tirs de roquettes sur le sud d’Israël et ses civils ont augmenté de façon exponentielle, faisant retomber la paix que laissaient espérer tant le désengagement que les milliards d’euros alloués à Gaza qui ne sont allés ni dans la construction d’écoles, ni dans le développement, mais dans l’achat d’armes, la construction de tunnels destinés à les acheminer… La stratégie des radicaux du Hamas a consisté à harceler quotidiennement Israël en envoyant des Kassam sur les civils israéliens.
   Durant 8 ans, Israël s’est refusée à  intervenir alors que le harcèlement du Hamas n’a jamais cessé (y compris le kidnapping maffieux du franco-israélien Guilad Shalit) avec des armes d’Iran ou de Russie qui peuvent atteindre des villes comme Ashkelon, Beersheva ou Ashdod.  Le cessez-le-feu de juin 2008 fut violé par le Hamas.
   Après 8 ans de tirs incessants sur ses civils, Israël a lancé il y a un an l’opération « plomb durci » contre cette organisation terroriste pour faire cesser les tirs et empêcher l’approvisionnement en armes.
- Bien sûr l’armée israélienne cible d'abord les terroristes, les caches d’armes, les tunnels !
- Bien sûr les tracts pleuvent et les appels téléphoniques retentissent pour exhorter les civils à quitter les lieux bombardés !
- Mais, inévitablement, des civils ont été tués et trop de civils sont les victimes de ce conflit.
   Le Hamas en est la vraie cause, du fait de sa stratégie ignoble : faire le maximum de victimes civiles pour remonter l'opinion contre Israël. Comment lui pardonner ses méthodes odieuses de boucliers humains et ses tirs depuis même habitations ou écoles ? Comment lui pardonner sa transformation des mosquées en arsenaux? Bref, comment pardonner la prise en otage du peuple palestinien par une poignée de fanatiques illuminés?
Vous disiez «je préfère les reproches aux condoléances»

Golda, Israël estimant que 5.000 roquettes sur son territoire et 8 années de retenue suffisaient, a décidé d’opter pour les reproches plutôt que pour les condoléances.
   Des manifestations ont lieu un peu partout, pas pour soutenir Israël contre le terrorisme, mais pour dénoncer Tsahal !! Les islamistes sont dans la rue, drapeaux du Hamas ou du Hezbollah au poing, aux côtés de communistes, d’alternatifs, de verts... "Israël est l’assassin". L’étoile de David est ornée d’une croix gammée, sans se soucier de l’étiologie du mal, sans réaliser que le Hamas reste le pire ennemis du peuple palestinien.
   Quelle Nation accepterait de recevoir 1 seul missile sans réagir ? Quel chef d’Etat pourrait faire l’impasse sur la sécurité des personnes et des biens ? Pourquoi la lutte contre le terrorisme n’est-elle plus une cause juste ?
   Pourquoi ces mêmes manifestants étaient-ils absents  :
- lorsque des milliers de musulmans étaient massacrés en Tchétchénie par les russes,
- par les algériens en Algérie, par les irakiens en Irak,
-
quand une centaine de palestiniens du Fatah se faisaient liquider par ceux du Hamas…
Il est vrai qu’aujourd’hui le fort c’est le juif, rôle insupportabl
e pour beaucoup !
"Le pessimisme, luxe qu'un juif ne peut se permettre"

Je ne suis, hélas, pas convaincu qu'ici vous disiez vrai :
   - Comment croire en une paix avec un Hamas dont la charte vise l’éradication d’Israël
   - Dont la charte vise un état islamique soucieux d’appliquer la charia ?
   - Comment espérer un jour meilleur lorsque les enfants de Palestine sont «piqués» à la martyrologie dès leur jeune âge et apprennent la haine du juif dans leurs livres scolaires?
   - Comment choisir l’optimisme lorsque si peu soutiennent Israël contre le terrorisme ?
          Chère Golda, je vais vous demander, vous qui n’avez jamais cédé au pessimisme, de prier là où vous êtes pour les enfants palestiniens et israéliens, pour que ni les uns, ni les autres ne grandissent dans la haine.
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4. Irak, Afghanistan, Iran avec Laurent Murawiec (z.l.)

Interview de Marc Brzustowski pour le compte du blog drzz. Adapté par Yerouchalmi
Cf. en tête de ce N°, l'hommage à Laurent Murawiec de mémoire bénie.
          Dans ce bel interview, Laurent Murawiec fournit, avec son intelligence aigüe du terrain et ses mots simples, les clés de décryptage d'une actualité fort complexe qui concerne Israël aussi bien que paix du monde !
Les bourbiers afghans et irakiens
Q :  Les USA avaient-elles pris les bonnes options en Afghanistan et en Irak, ou étaient-ce les seules possibles?
R : 1) En Afghanistan,
on a fait ce qui fallait, renversé les Talibans avec 3 difficultés :
   - Les services de Renseignements pakistanais sont les créateurs des Talibans qui ont essayé de reconstruire leur créature autour de Peshawar : tant que la question du Pakistan ne sera pas réglée, on aura des problèmes en Afghanistan.
   - Un problème gravissime remonte de tous les côtés et pourrit tout son environnement, celui de l’Empire de la drogue, dont font partie les Talibans
   - On a essayé d’installer un Etat central dans un pays qui n’en a jamais eu (une mosaïque de tribus), mais rien ne fera de l’Afghanistan un pays stable et bien gouverné.
   2) Concernant l’Irak : on a renversé Saddam, une bonne chose. On est en train de gagner cette guerre en ayant infligé une défaite humiliante à Al Qaida ; ce qui n’était pas notre objectif au départ, mais ce n’est pas une mauvaise raison, même a posteriori.
Q : Y a-t-il eu en Irak, des points mal évalués, comme l'afflux massif d’Al Qaida?
R :
Il y a eu au moins trois phases dans cette guerre : a) une brillante phase militaire et le renversement de Saddam ; b) une période où la stratégie a déraillé et qui nous a coûté très cher, avec des erreurs tenant plus de Washington que de l’Irak ; c) à partir de la nomination de Petraeus et Odierno, une période où les erreurs commencent à être rattrapées.
  1) Al Qaida a été écrasée et où les milices chiites avec l’Armée du Mahdi ont dû reculer ;
  2) Une partie des chiites se sont ralliées, pour des raisons qui sont les leurs ;
  3) L’Iran, ne s’est, in fine, pas emparée de l’Irak qui a, comme voisins des 'pays difficiles': l’Iran, la Syrie, l’Arabie Saoudite, la Jordanie et la Turquie !
   Et donc, cette guerre, on finira par la gagner, mais comme Churchill le disait :
«les Américains font ce qu’il faut faire… après avoir essayé tout le reste !» (Quoi que, l’histoire la Guerre n’est pas si glorieuse si on la regarde avec 60 ans de distance : il y a aussi eu des imbécilités militaires et politiques ; mais, on l’a néanmoins gagnée !).
Iran et Syrie : 2 dangers
Q : Y-a-t-il «stratégie des dominos» pour promouvoir par l’exemple l’effondrement des 'régimes-voyous'? 2 pays-clés au moins, Iran/Syrie avancent leurs pions ?
R :
En rapport aux dominos, ceux qui auraient dû tombés ne sont pas tombés ; au contraire, ceux qui avaient peur se sont rassurés  «les USA n’ont pas de suite dans les idées, ils ont trop d’ennuis en Irak pour nous ennuyer », et, hélas, ils ont eu raison ! Le seul domino à être tombé, c’est le nucléaire de Khadafi qui a tiré ses conclusions avec sagesse.
   En 2003, quand on a pris Bagdad, à Damas, le régime syrien d’Assad faisait déjà ses valises, tellement il avait peur… Et voilà que Colin Powell prit l’initiative, sans en référer à Bush, d’aller à Damas l’assurer de nos « bons sentiments » ! On a ainsi permis la complicité syrienne dans l’infiltration d’Al Qaeda contre nous et contre le gouvernement Irakien ; et, pire que ça, on l’a laissé faire au Liban, malgré l’assassinat d’Hariri son aide au Hezbollah.
Q : On a l’impression d’un équilibre de la terreur : Iran/Syrie d’un côté et, par effet de rétorsion, Israël, par le Hezbollah, le Hamas, ou la Syrie ?
R :
Actuellement, il n’y a plus aucun équilibre, les USA manient une certaine rhétorique, sans aucun prolongement dans la politique suivie, et aucune stratégie. Deux exemples :
   - l’Iran serait encerclé s’il y avait une stratégie US visant à destituer les Mollahs : un mois d’embargo de leurs exportations (notamment pétrolières) serait un coup de semonce terrible pour les amener à «  être raisonnables »). Or, on agit au coup par coup !
   - «L’encerclement » d’Israël, est d’abord le problème d’Israël qui,entre le Liban, le Golan et le Hamas à Gaza, risque de faire face sur 3 fronts. Le pseudo-gouvernement Olmert-Livni a perdu la Guerre du Liban qu’il aurait dû gagner, mettant Israël dans une situation très dangereuse. Quant à Gaza, étant partisan de Sharon, j’étais plutôt pour le retrait ; mais il est maintenant d’une évidence criante que ça été une erreur stratégique car on a donné le pouvoir au Hamas qui s’en sert aujourd’hui.
Les USA et Israël
Q : Est-ce qu’Abbas est en mesure de reprendre les choses en main ?
R :
Abbas est un notable de province sans capacité d’imposer quoi que ce soit, un fonctionnaire qui gère l’héritage d’Arafat en gardant tous les vieux mythes de la cause palestinienne. Mais, incapable de gérer Gaza et si son pouvoir tient, en Judée-Samarie, c’est grâce à l’Armée Israélienne. En conséquence, sans interlocuteur de poids pour Israël, il n’y a pas de solution perceptible, politique ou diplomatique.
Q : La Guerre anti-terroriste génère-t-elle partenariat ou dépendance Israël/USA ?
R :
A mesure que les choses s’aggravent, dans le monde musulman :
   a) la Turquie n’est plus un allié sûr des USA comme durant un demi siècle ;
   b) l’Egypte est dirigée par un despote vieillissant, avec un point d’interrogation  sur la suite. Dans ce contexte, les USA ont en Israël un allié stable, très important avec un rapport stratégique extrêmement étroit dans le militaire, le renseignement …
Rien n’est simple dans les rapports Israël-USA :
   1) Côté US : au Moyen-Orient, il y a coexistence de plusieurs politiques. Depuis 1944, la ligne dominante dit : «au Moyen-Orient il y a du pétrole. Au-dessus du pétrole, il y a des émirs-dictateurs, sunnites en général, avec qui il faut faire affaire ; rien d’autre ne compte».  Une autre : "Israël, pays démocratique compte, c’est un allié sûr, on l’a vu en 67 et 73, contre les russes, et depuis". Ces 2 lignes ne sont pas les seules et il y en a bien d’autres…
   2) Côté Israël, ce n’est pas simple non plus ! La gauche y a depuis 30 ans pour objectif de pousser les Américains à forcer Israël (puissant à ses yeux !) à rendre les Territoires, à lui lier les poings. Tous les Américains ne sont pas d’accord ;ça donne un rapport complexe !
Q : Et le nucléaire iranien ?
R :
Au Moyen-Orient, notamment du fait du nucléaire iranien, les USA ont besoin d’une alliance solide avec Israël. Mais, on souffre là encore d'une absence de stratégie, de de la part de l’Administration, d’où le danger lié à la disproportion des motifs : pour Israël c’est un problème existentiel à court terme et pour les USA c’est un danger stratégique à moyen terme. Au point que ce qui me soucie le plus, je vous l’avoue, c’est la tendance US à compter sur Israël pour faire le 'sale boulot' avec l’Iran : «ils nous épargenront tant les efforts que la mauvaise image ; on pourra les condamner publiquement et les féliciter par derrière !». Ca laisse Israël, pressée de plus près, dans une position très inconfortable.
Arabie Saoudite / Pakistan
Q : Après le 11/09, vous prôniez une action contre l’Arabie Saoudite. Aujourd’hui ?
R : 
Ca n’a pas changé et le Djihad a 2 sources : a) le royaume wahhabite d’Arabie Saoudite ; b) autant que l’Iran de la révolution chiite sont les vraies menaces. L’oligarchie Saoud reste aussi parasitaire avec des rois fainéants dont le seul talent est de prélever la rente pétrolière sur les Dhimmis pour survivre.
   Parmi leurs Princes, les alcooliques ou athées n’ôtent rien à leur Islamisme : sous le Reich, l’homosexualité était répandue chez les SA et SS, et ça n’empêchait pas d’enfermer les homosexuels en camp de concentration ; la Nomenklatura soviétique ne faisait pas ce qu’elle disait, mais ça ne l’empêchait pas de l’imposer aux autres. 
   Sur 150 djihadistes capturés en Irak, il y avait 65% de Saoudiens. J’avais préconisé au Pentagone de donner un ultimatum au Royaume : «vous faites les choses qui suivent ou ça ira très mal ». Malgré que, depuis, notre capacité d’action soit affaiblie, notre puissance n’est pas entamée, donc il n’y a pas de raison de ne pas les mettre en garde
   Au Pakistan, il y a une société éduquée, sans ce mépris du travail, si typique de l’Islam ; mais la situation y reste très difficile car c’est un pays qui a finalement échoué à se développer et à se créer une vraie conscience nationale.
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5. D.ieu et l’Homme : impossible rencontre ?
Rav Avigès - Yechiva du Rav Feinstein. Adaptation Yerouchalmi
          Le Rav Uriel Avigès, français, spécialiste en méthodes de déduction halakhiques, est également féru en pensée juive  qu'il tient à analyser avec les Commentateurs et les textes de la modernité. Il enseigne aussi aux francophones de New York, un cours biblique accessible sur un site.
          La Bible montre un D.ieu qui se dévoile  aux Hébreux qui «ont vu D. face à face», dans «le son du Chofar et les éclairs». Comment un D.ieu absolument immatériel peut-il se manifester aussi clairement dans un monde si matériel ?
Cette question de la transcendance est au coeur des débats théologiques des religions et c'est également le cas dans le judaïsme. Cependant, ce dernier, loin de privilégier telle ou telle conception, préfère conserver leur cohabitation, accordant bien moins d'importance à cette question, qu'à de nombreuses autres relatives à la Loi et à ses pratiques concrètes.

 Le Ciel est à D.ieu, la Terre aux Hommes !
          L'interrogation de départ permet de comprendre un passage étrange de Rabbi Yossi dans le Talmud (Souka 5a) « Puisque le Psaume déclare ‘le ciel appartient à D.ieu et la terre aux hommes’, jamais la présence divine n’a pu descendre sur terre, ni Moïse et Elie monter au ciel». Cependant, le Talmud, refusant d'occulter le  passage biblique cité par Rabbi Yossi qui semble contredire la transcendance divine, questionne son enseignement :
    - «peut-on dire que la présence de D.ieu n’est jamais descendue sur terre alors que le verset dit ‘et D descendit sur le mont Sinaï’ ?». Rabbi Yossi
répond que «D. est resté légèrement au dessus du sol», mais, contrairement aux apparences, ne joue pas sur les mots. Il signifierait en fait que Sa présence terrestre a été davantage ressentie que réelle.
    - «peut on dire que Moise n’est jamais monté au ciel quand le verset dit «Moïse est monté vers D.’ ?» Rabbi Yossi r
épond «Moïse est monté légèrement au dessus du sol et s’il ‘a bien tenu le trône divin’, ce n’est pas au ciel mais quand le trône s’est rapproché de la terre», mais, contrairement aux apparences, il ne joue pas sur les mots. Il signifierait que Moïse, représentant le plus proche de la divinité et en interface directe avec elle, gardera figure humaine dans l’histoire juive, mais différente de celle de tous les humains.
3 conceptions juives de la Transcendance
          1) D.ieu accomplit des miracles et domine le monde, mais son essence est incompatible du monde de la matière. Ce qui entraîne que les mentions bibliques de dévoilement divins dans le monde ne puissent être qu’allégoriques.
     Cette interprétation reste très rationaliste à l’image de la pensée de Maimonide. Celui-ci, va, dans le Guide des Egarés, jusqu’à rendre impossible l’expression «D.ieu existe», D.ieu n’existant pas de la manière dont nous existons et n’évoluant pas dans les conditions qui nous permettraient d’en appréhender l’existence.
          2) Rabbi Yossi entendrait que le ciel et la terre ne sont pas deux entités distinctes mais deux manières d’appréhender une même réalité avec deux éclairages différents,
lorsqu’il insiste sur le fait que Moïse n’est jamais monté au ciel, et que D.ieu n’en est jamais totalement descendu.
    La présence terrestre de D.ieu serait de fait permanente, mais notre conscience de cette présence dépendrait de notre perception du moment.
     Cette interprétation, aux antipodes de la précédente, est quasiment panthéiste. Comme le montre un de ses adeptes, le Rav Kook, qui conçoit les présences matérielle et spirituelle de D.ieu sur terre comme deux points de vue différents de la même réalité. Par exemple, partant de la constatation talmudique «un homme et une femme qui s’aiment et sont fidèles portent entre eux la présence divine», il assimile la sensation amoureuse à une sensation de proximité de D.ieu. Le sentiment d’amour entraînant de facto un ‘sentiment matériel de présence divine’, comme par ailleurs la prière ou l’étude permettent de ‘ressentir spirituellement cette présence’.
          3) La troisième interprétation se situerait entre les précédentes.
Les deux réalités, ciel et terre, resteraient distinctes, sans que l’homme sur terre puisse ressentir directement la présence divine. Cependant, a) l’homme aurait la capacité de s’élever au dessus de la matérialité de la terre par sa perception sensible du monde, b) la révélation ne serait pas dans le ciel mais se manifesterait à travers l’existence du monde.
Contradictions autour de la Transcendance
          Toujours ancré dans le judaïsme, le débat entre ces trois conceptions affecte également leurs auteurs. Par exemple, Maimonide exprime-t-il, dans son Mishne Thora, la possibilité de manifestation terrestre de D.ieu (fût-elle exceptionnelle), semblant ainsi contredire la première conception ici citée, notamment en son nom. Maimonide insiste, dans cette œuvre, sur l’aspect absolument extraordinaire du Don de la Torah, qu’il distingue en cela des autres miracles de la sortie d’Egypte :
D.ieu se révèle au Sinaï
     - Les miracles de la sortie d’Egypte étaient certes des interventions surnaturelles, mais n’étaient, en aucune manière, à même de révéler la présence divine.
    * Ils étaient à la limite de manifestations naturelles ; de nombreux scientifiques ont montré que les dix plaies correspondent à des phénomènes rares, mais néanmoins connus.
    * Le Midrach insiste pour expliquer que ces dix plaies ont été créées avant la création du monde, sous-entendant que leur réalisation faisait partie de son ordonnancement même.
Ainsi, le libre-arbitre des égyptiens avait-il été respecté car ils n’étaient pas contraints par ces miracles à voir la « main de D.ieu » et libérer les Hébreux et le libre-arbitre des Hébreux également qui n’eurent pas tout à fai foi en Moïse, pourtant leur libérateur.
     - D’où la nécessité théologique de «l’essence surnaturelle» de la Révélation du Sinai «où les juifs ont vu D.ieu face à face» pour conduire les Hébreux à la foi en D.ieu.
Les deux conceptions de Maïmonide
          Le Maïmonide rationaliste a surtout le souci de défendre la 1è conception, d’un D. ieu absolument transcendant, pour contrer la superstition qui règne à une époque, au point que les croyances à la sorcellerie y sont encore fort répandues.
          Le plus haut niveau de foi devrait conduire à ne rien espérer de D.ieu afin de respecter sa transcendance. Ainsi les musulmans s’interdisent-ils d’émettre toute demande à D.ieu afin de désillusionner l’homme sur sa capacité d’influence du D. ieu tout puissant.
          Cependant cette conception si pure reste inatteignable à l’homme.
C’est pourquoi Maïmonide garde-t-il pour autant la liberté d’exprimer une vision du monde moins contingente des réalités du moment, qui garde toute sa place à une proximité plus grande de D. ieu, apte à répondre aux épanchements généreux de l’homme tels que le ‘hassidisme par exemple saura susciter au cœur de sa doctrine.
Secondarité du degré de Transcendance
          Le judaïsme va, de facto, accorder davantage d’importance aux situations concrètes humaines qu’à l’absolu de telle ou telle conception de la divinité.      
     - Maimonide, comme le Rav Kook, sont conscients de la subjectivité de l’analyse de leur rapport au divin, n'hésitant pas à adapter leur discours en fonction des réalités ambiantes.
     - Le Maharal de Prague montre ainsi que ce ne sont pas les conceptions du divin qui permettent la transmission de la Thora, mais la pratique des Mitsvot : le concept est difficilement communicable tandis que le rapport au corps, universel, permet de fixer des situations existentielles de transmission du message divin.
        
Nul affaiblissement du rationalisme de Maïmonide dans cette adaptation de son discours, car la raison n’est dans le judaïsme ni un concept absolu, ni la négation de l’être, mais, au contraire, l’acceptation pleine et entière de soi et de sa réalité. Les philosophes existentiels ont confondu «foi en la raison» et « raison» : c’est la foi en la raison qui a créé le fascisme, pas la raison.
Conclusions
          Rien de choquant, de ce fait, aux multiplicités des discours sur D.ieu. De plus, à la limite, la transcendance de D.ieu devrait interdire tout discours de l’homme sur Son essence ou Ses manifestations. Les seuls discours possibles ont donc moins pour but de donner un accès à l’inaccessible par essence, que de permettre des prises de position sur le rapport de l’homme à sa spiritualité, en vue de le libérer du joug des croyances ou des certitudes qui pourraient l’emprisonner.

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