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6/10/09 - YEROUCHALMI N°104® -18 Tichri 5770

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                       AU SOMMAIRE
Chrétiens et Juifs : les 2 ruptures, Paul et le judaïsme
               1. Discours à l'ONU de Netanyahou, Automne 2009
               2. Juifs et Haine de Soi : enfin comprendre !
               3. Les fous des complots, Pierre-André Taguieff
               4 The Sound of Silence, Simon & Garfunkel
                       +Paroles en français pour chanter exactement sur l'air original
               5. Dimensions politiques de la Thora,
                   leçon biblique de Rav Avigès
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Chrétiens et Juifs : les 2 ruptures
Paul et le judaïsme
adapté librement par Yerouchalmi de la recension par Agnès Bayrou du Séminaire 08 /09 du Pr. René Lévy sur Paul, Institut d'Etudes Lévinasiennes.
          René Lévy a clos son cycle de conférences de 3 ans sur la figure de «Paul» qui a révélé comment l’ex-Saul Juif pharisien, avait rompu avec le judaïsme à la suite de sa vision de Jésus vers Damas. D’ordinaire une conversion conduit à abandonner sa croyance pour une autre, les deux restant inchangées, et sa propre identité évoluant. Pour Paul, c’est au judaïsme à se transformer, pas à lui, car il ne veut pas devenir un renégat, mais le fondateur d’une nouvelle religion, qui ne devra rien laisser subsister du judaïsme antérieur.
          Paul le vrai fondateur du christianisme et ses lignes de rupture :

   a) suppression des médiations juives, dans une direction spiritualiste ;
   b) résurrection sans Loi pour chacun qui croit en Jésus «la loi de l’Esprit donne la vie dans Jésus et affranchit de la loi du péché et de la mort».

Paul abandonne la Loi juive
          Le zèle religieux de Paul se nourrit de sa violence contre l’ancien judaïsme et son représentant, le pharisien. Paul travaille sur un thème cher aux Prophètes juifs (qu’il est donc loin d’avoir créé) : la rigueur religieuse extérieure demandée par la loi juive peut, en cas de dérive, s’accommoder de motifs orgueilleux ou laisser penser au pratiquant qu’il possède une science qui pourtant le dépasse. Paul identifie le pharisien à sa part maligne en mettant tout le mal dans l’exigence trompeuse de la pratique.
          Paul, travaille à même la Tradition et les Ecritures pour :
   a) s’adresser à son adversaire pharisien et
   b) donner un sens à l’histoire juive qui s’achevât dans la disparition du vieux judaïsme.
Paul retourne la figure matérielle de la Loi juive en un principe d’action spirituel, inspiré par simple grâce : à une telle «Loi du cœur», la pratique juive de commandements prédéterminés devient dépassée ! Et la Loi juive avec elle, laissant place libre à une âme chrétienne disponible pour la grâce.
          Il dérive ensuite subrepticement quand, au lieu de conclure comme les Prophètes et le judaïsme que l’homme pieux n’est pas forcément juste, il énonce que l’homme juste ne peut pas être l’homme pieux. Paul fait évoluer l’idée de justice vers un passage à l’intériorité, avec l’abandon de la piété du corps pour une revalorisation de la foi invisible.
          Paul, de manière subversive, ne se détourne pas du judaïsme, il le détourne pour le surmonter, notamment par la suppression de toutes les institutions médiatrices de la vie juive, dans une direction spiritualiste, où se dessine déjà toute l’impatience chrétienne à l’égard des médiations du commandement, de la piété ou de la pratique.
Paul et 'sa Résurrection' sans Loi
          Le pharisianisme s’exprime assez peu face à la mort et à la délivrance associée du péché, car la Loi juive était en soi délivrance du péché et par là, de la mort. L’absence de la résurrection pharisienne, Paul la lit dans la stérilité de la Loi juive, dans cette connivence qu’il dénonce entre Loi, mort et péché. Il comble ce manque en insistant sur la résurrection/délivrance en récompense de la foi, pour tout homme qui croit à l’accomplissement définitif par la mort de Jésus.
          Autre dissidence et subversion paulinienne du judaïsme que cette idée nouvelle sans racine juive de la résurrection, face à une faiblesse conceptuelle pharisienne. Pour comprendre cela, l’homme
   a) est libéré de sa faute en mourant par la mise à mort de cette chair/péché, mais
   b) afin de vaincre en lui le mal, il faut qu’un autre (la mort de Jésus d’une nature exceptionnelle) le délivre à son tour de son état mortel.
          Et telle est la puissance de la mort du messie : chacun qui croit en Jésus vivra de l’esprit neuf, moyennant la foi «la loi de l’Esprit qui donne la vie dans Jésus affranchit de la loi du péché et de la mort».
Paul ancre 'sa Résurrection' dans la Bible Juive
          Paul doit cependant ancrer son concept sur la Bible juive :
   1) La résurrection, selon Paul, est présente dans la promesse à Abraham Genèse 15, dont Paul propose une exégèse cruciale. Abraham reçut de D.ieu, la promesse d’une descendance. Cette promesse d’enfant à un si vieil homme ne peut que signifier, selon Paul, l’annonce d’une résurrection : le fils équivaut à la vie rendue à un homme mort. Méprisant le sens collectif de 'zera' (descendance), Paul souligne que l’Ecriture ne se réfère pas : «aux descendants, n’en désignant qu’un, Jésus ». Ce détournement  lui permet de présenter son concept neuf de résurrection comme un achèvement de l’histoire juive.
   2) Paul doit aussi supprimer la dimension ethnique de la promesse à Abraham d’héritage réservé à sa descendance. La Loi une fois donnée au Sinaï aux Hébreux, la promesse ne peut, selon Paul, que demeurer universellement «un testament déjà établi par D.ieu, la Loi du Sinai ne va pas l’infirmer car elle rendrait alors vaine la promesse», l’éternité de la promesse reste ainsi ouverte aux hommes de foi et de toute ethnie : «si vous appartenez au Christ, vous êtes donc la descendance d’Abraham, héritiers selon la promesse». CQFD !
Reprise et Rupture avec la Résurrection Juive
          Le judaïsme se dépassant lui-même dans la résurrection, comme promesse éternelle et grâce sans médiation, tel serait l’horizon très original de l’entreprise paulinienne. L’acte subversif suppose une vérité, certes manipulée, mais qu’il est du devoir de l’orthodoxe de ne pas abandonner aux mains du dissident : René Lévy entend distinguer, dans le discours de Paul, la part du vrai et celle de la perversion.
          René Lévy insiste sur le fait que l’attente d’une délivrance de la mort et du péché est présente chez les maîtres de la Loi juive, avant Paul, le devenir transcendantal de l’homme étant bien le sens final de la vie juive.
          A l’inverse, le judaïsme rejettera "l’état de grâce", ou l'expérience sans médiation de la Loi de l’existence transcendantale. Pour ce qui concerne la communauté juive, il n’y a de devenir transcendantal de l’homme que médiatisé, ordonné selon des normes, des Lois et des institutions qui le rendent possible et marquent son progrès.
Eternité et Judaïsme
          C'est par et dans l’étude renouvelée de la Loi.que le judaïsme proposerait une expérience originale de l’éternité.  Paul n’a pas le monopole de l’idée éternelle, car il existe une forme proprement juive de l’éternité qui n’annule pas le temps, l’histoire ni les médiations : l’étude juive, soumise au Don passé de la Torah, porteuse d’une continuation permanente de la révélation à travers le commentaire et l’étude.
          L’éternité juive, en ce sens, n’est autre que la surabondance de la Loi de pierre.
          Le Juif est celui qui ne se laissera pas séduire par l’idée d’une réalisation immédiate des biens spirituels. C’est l’homme, quand Paul court-circuite, qui refuse de se précipiter.
Le judaïsme consisterait, en termes Lévinas, en un idée «Difficile de la Liberté».
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1. Discours à l'ONU de Netanyahou, 24/9/09
L'ONU, la Shoah et Israël
          Il y a 62 ans, l'ONU reconnaissait le droit des Juifs - peuple vieux de 3500 ans - à un Etat à eux dans leur si ancienne patrie. C'est en tant que Premier Ministre de cet Etat Juif, Israël, qu'aujourd'hui je m'adresse à vous.
          L'ONU, créée après le carnage de la Guerre et les horreurs de la Shoah, a été chargée d’empêcher la répétition de telles horreurs. Rien n'a autant nui à cette mission
que les négations répétées de la vérité : le président d'Iran, ici même, pouvait éructer ses nouvelles folies antisémites, après avoir affirmé que la Shoah était un mensonge.
   - Or, à Wannsee, le 20 janvier 1942, lors d'une réunipn dont le compte-rendu a été conservé par tous les gouvernements allemands et dont voici une copie qui en indique les modalités précises, les responsables nazis avaient décidé comment exterminer le peuple Juif. Ce compte-rendu officiel serait-il un mensonge ?
   - Et les plans officiels de construction d’Auschwitz-Birkenau signés par l'adjoint d'Hitler, Himmler lui-même et dont voici une copie montrant comment un million de juifs ont été assassinés. Ce document officiel serait-il aussi un mensonge ?
   - Et ces survivants d'Auschwitz, dont les bras portent encore le numéro tatoué par les nazis, sont-ils des mensonges ?
   - Un tiers des Juifs ont péri dans la Shoah, chaque famille juive affectée, dont la mienne : les grands-parents de ma femme, 2 sœurs, 3 frères de son père, tantes, oncles et cousins, tous assassinés par les nazis, parce qu'ils étaient Juifs. Aussi un mensonge ?
Honte aux tyrans iraniens !
Hier, ce négateur de la Shoah, a pu parler du haut de cette tribune. Mes félicitations à ceux qui, en protestation, ont refusé d'être présents, honorant leur pays.  Et vous, qui avez écouté ce négateur de la Shoah, n'avez-vous pas honte ? Comment, O déshonneur, donner une légitimité à ce négateur de la Shoah, qui promet de détruire l'Etat juif !
          Son régime ne menace pas que les Juifs, car l’Histoire a montré, que les attaques contre eux se terminent inévitablement par de vrais carnages affectant des peuples entiers ! Ce régime iranien est nourri d’un fondamentalisme moyenageux réapparu il y a 30 ans, massacrant tous les peuples : musulmans et chrétiens, Juifs, Hindous...
          Partout, ces extrêmistes imposent une société arriérée, qui persécute femmes, minorités, homosexuels... La lutte contre eux n’oppose pas les fois, mais barbarie et civilisation,  9è et 21è siècle, fanatiques de la mort et adeptes de la sainteté de la vie.
Confiance dans le Futur
          Mais, le passé ne peut jamais triompher de l'avenir. Oui, nous éluciderons le code génétique, nous guérirons les incurables, nous prolongerons notre durée de vie. Oui, rendrons propre la planète avec une alternative aux combustibles fossiles !  Dans ce cadre, je suis fier de ce qu'Israël, soit à la pointe des découvertes qui offrent à l'humanité un avenir riche en promesses encore insoupçonnées.
Combattre à temps les menaces
          Attention cependant car la marche de l'histoire pourrait s’inverser si le fanatisme parvenait à acquérir les armes les plus meurtrières. Et, comme face aux nazis, une réponse trop tardive nous imposerait un prix exorbitant en victimes et destructions.
         Ainsi, la rencontre entre fanatisme religieux et armes de destruction massive, constitue la plus grande menace et le défi le plus urgent auquel l'ONU doit faire face pour empêcher ces tyrans de se doter d’armes nucléaires. L'ONU les empêcheront-t-elle de développer des armes atomiques en mettant en danger la paix mondiale ?
Le scandaleux Rapport Goldstone        
          Concernant l'efficacité de l'ONU, les signes ne sont pas encourageants : en 2005, pour la paix, Israël s’est retiré unilatéralement de tout Gaza. Au contraire de la paix, Gaza est devenue une base terroriste à 80 km de Tel-Aviv et soutenue par l’Iran. Pendant 8 longues années, le Hamas a tiré depuis Gaza des milliers de missiles et roquettes sur des villes israéliennes voisines, sans qu'une seule résolution de l'ONU ne les condamne. Plutôt, ce récent rapport de l'ONU sur Gaza a de fait condamné les victimes.     
          Israël avait choisi de réagir différemment des Alliés, qui avaient, eux, rasé des villes allemandes, et fait des centaines de milliers de morts. Il a pris la peine de cibler ses frappes pour réduire les pertes civiles, en exhortant les palestiniens à quitter les zones visées (d'où les terroristes tiraient : maisons, écoles, mosquées comme dépôts d'armes). Jamais un pays n’est allé aussi loin pour épargner tout danger aux civils du camp opposé.
          Et, face à un cas si évident, l'ONU condamne... Israël, démocratie en légitime défense face au terrorisme, désignée à l'opprobre internationale et jugée inéquitablement !! Terroristes, lancez vos attaques à partir de zones très peuplées et vous aurez l'immunité...
Avec de tels critères, l'ONU eût traîté Roosevelt ou Churchill comme Criminels de Guerre !
          Quand Israël a quitté Gaza, elle a été acclamée par l'ONU qui avait promis d'appuyer son droit de légitime défense, et qui maintenant accuse mon peuple, mon pays, de crimes de guerre, pour avoir agi en état de... légitime défense ! Sinistre plaisanterie !
Israël se défend, à juste titre, contre le terrorisme. Ce rapport partial est un test pour tous les gouvernements. Serez-vous avec Israël, ou les terroristes ? Si Israël est invité à risquer pour la paix, c’est aujourd’hui qu'il doit savoir si vous serez avec nous.
Israël veut la Paix, dans la Sécurité
          Chaque fois qu'un dirigeant arabe a voulu faire la paix, il l'a pu : l'Egypte de Sadate, la Jordanie d'Hussein. Et si les Palestiniens veulent vraiment la paix, nous ferons la paix ; mais une paix véritable, défendable et permanente. En 1947, l’ONU a voté pour 2 Etats pour 2 peuples : un État juif et un État arabe. Les Juifs ont accepté cette résolution, mais les Palestiniens ont refusé depuis 62 ans de dire oui à un Etat juif.
          Si profondément liés à ce territoire, nous reconnaissons que les Palestiniens y veulent une patrie. Et nous voulons vivre côte à côte, dans la prospérité et la dignité. Mais nous devons avoir la sécurité. Nous ne voulons pas une autre Gaza, soutenu par l’Iran, ici contiguë à Jérusalem, à quelques kms de Tel-Aviv.
Tous face au terrorisme des dirigeants iraniens !
          Cette paix ne peut être réalisée que si nous faisons reculer le terrorisme, de l'Iran qui vise à renverser l'ordre mondial. La Communauté internationale est-elle prête à affronter ces forces ou à s’en accommoder. Churchill déplorait "l’incapacité d’apprendre de l'humanité, la fâcheuse habitude des sociétés de dormir jusqu'à ce que le danger s’abatte".
          Je veux parier sur l'espoir que nous apprendrons de l'Histoire, et écarterons les dangers à temps, comme Josué, il y a 3 000 ans, "soyons forts et tenons bon".
Affrontons ce risque, assurons notre avenir, si D. veut, forgeons une paix durable !
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2. Juifs et Haine de Soi : enfin comprendre !
          Ces juifs qui haïssent Israël sous tous les prétextes et qui parfois y vivent ou y ont de la famille : comment comprendre un tel phénomène ? La haine de soi intéresse l'ensemble du genre humain : ces sans-abri que nous faisons mine de ne pas voir, ces jeunes anorexiques, ces enfants abandonnés, ces divers dépresso- mélancoliques... Le concept de "haine de soi" concernant les juifs est créé par Theodor Lessing peu avant la Shoah, pour ceux qui intériorisaient parfois jusqu'au suicide un omniprésent antisémitisme ambiant. Il prend de nouvelles formes depuis la création d'Israël et depuis les années post 1968. Ses ressorts bibliques, psychologiques...
Réf. : Lessing "La Haine de Soi" Difficiles Identités ; "Controverses" 2/2007, éd. de l’Eclat.
La Haine de Soi, de la Bible à l'Allemagne
Pour Lessing (photo), le Juif qui cherche à s’intégrer se sent doublement coupable : a) d’avoir trahi son être juif, b) de ne pas avoir pu l’effacer aux yeux des autres.
          Lessing montre qu'au fil de la Bible, le peuple juif s'est mué en un peuple de vouloir éthique : les Psalmistes, apôtres de la vie, allaient céder leur place aux Prophètes, ardents zélateurs et prédicateurs de la justice. Peu à peu les juifs ne ressentent plus ni un plein bonheur, ni la sécurité, et, encore moins, la sérénité. Leur "sens de culpabilité" interprète alors chaque malheur comme l’expiation d’un péché commis,
          En Diaspora, l’âme juive a cédé son identité contre le plat de lentilles de l'intégration. Lessing perçoit qu'en ressemblant aux allemands et en se détournant de leur propre héritage culturel et religieux, les juifs se coupent de leurs racines ; il préfére défendre les juifs de l'Est "primitifs" dépositaires de la tradition, bien qu’aux conditions de vie repoussantes. De nombreux juifs intégrés ont souffert de leurs liens (assumés par eux ou dont ils étaient accusés) avec les juifs moins évolués d'Europe de l'Est : qu'ils s'en distinguassent et on les traitait de traîtres à leurs peuples ou de faussaires ou qu'il en assumassent le cousinage et on les traitait de primitifs !
          Les juifs intégrés se sont ainsi mis à se haïr eux-mêmes dans tout ce qui leur rappelait leur ancienne condition. Pour Lessing cette démarche est suicidaire : il est dur pour une plante de lutter contre le terreau sur lequel elle pousse et dont elle tire sa subsistance même. Une telle situation provoque une crise de "haine de soi", qui aboutit généralement au suicide.
Des exemples de Haine de Soi (avant 1948)
   - Rachel Levine-Varnhagen (début du XIXè), écrivaine juive allemande, à propos de sa judéité : "jamais je n’oublie cette infamie que je bois dans l’eau, le vin, avec l’air et à chaque respiration ; le Juif doit être exterminé en nous, même au prix de nos vies".
De jeunes talents se suicidèrent effectivement comme
   - Paul Rée ami de Nietzche,
   - Maximilien Harden à qui la Jet-Set reprocha sa défense des valeurs allemandes,
   - Arthur Trebitsch persuadé d'un complot juif mondial, 
   - Max Steiner ou Walter Calé allergiques à leurs origines juives.
   - L’écrivain Maurice Sachs dont la longue autodestruction l’envoya dans les rangs de... la Gestapo (!) pour payer le prix d'une faute originelle qu’il était persuadé d’avoir commise par le simple fait d’être né juif. Selon la psychanalyse, sa "haine de soi" visait à regagner l’amour de sa mère, qui l’avait abandonné dans un internat.
   - Otto Weininger fut, jeune philosophe, auteur du livre à succès "Sexe et caractère", et influença Wittgenstein, Kafka ou Musil. Son suicide est lié à son obsession d'échapper à sa condition juive : "face au christianisme, plus haute expression de la foi, le judaïsme est la forme extrême de la couardise  et la cause de la décadence ambiante".
   - La philosophe Simone Weil fut, elle aussi, touchée par cette maladie : "mon attitude envers moi-même est un mélange de mépris, de haine et de répulsion".
La Haine de Soi depuis la création d'Israël
C’est dans le sionisme que le peuple juif trouve la solution à ce paradoxe : dans l'affirmation d’un destin commun à travers une identité nationale et également métaphysique d’un peuple d'avant-garde porteur d’une conscience universelle.
          L'antagonisme latent entre l’identité hébraïque et l’identité juive après la création d’Israël ne manque cependant pas d'évoquer la haine de soi. La volonté d'éradiquer le Yiddish et le judéo-arabe au profit de l'Hébreu, l'obsession de l'éducation physique et du sport au détriment bien souvent de l'éducation religieuse de base sont des signes d'une telle fracture dnas les premières années de l'Etat Juif.
          Plus près de nous, les cas de Juifs atteints de haine de soi sont nombreux, même s’ils poussent rarement jusqu’au suicide. La haine de soi juive est devenue un phénomène politique collectif plus qu’une pathologie individuelle. On la voit sur les plateaux TV ou dans les Universités, dans les appels au boycott d’Israël (comme ce Rédacteur en Chef d'Haaretz), dans les pétitions pour la Palestine ou contre l’Armée de Défense d’Israël.
Les Juifs anti-Israël et la Haine de Soi
Shmuel Trigano a étudié les «alterjuifs» -terme de la psychiatre Muriel Darmon- ces intellectuels juifs qui supportent systématiquement les ennemis d’Israël.
   - Certaines élites israéliennes ont abandonné le sionisme pour défendre un «Etat de tous ses citoyens», Etat binational où les juifs deviendraient des "dhimmis", en péril de vie et de mort ! La haine de soi permet d'expliquer "Chalom Archav", qui impute toujours à Israël la responsabilité des guerres imposées par ses voisins arabes. Shlomo Sand, pseudo scientifique alcoolique, n'a de cesse que de démontrer que les juifs n'ont pas leur place en Israël (où sa famille habite pourtant !).
   - On peut aussi citer Michel Warshawski (photo de titre, main dans la main avec Leila Shahid, antisémite patentée), fils du Grand Rabbin ou Ronny Brauman dont l'obsession est de combattre pour les Palestiniens opposés aux juifs d'Israël.
   - Les combats d'Edgar Morin, de Pierre Vidal Naquet ou de Gisèle Halimi ont délaissé les misères du monde pour se focaliser sur ceux, soi-disant, infligés par Israël de la taille d'un département français... 
   - Cet auteur juif de guides touristiques, M. Braitberg, fait preuve d'une haine de soi quand il écrit dans Le Monde qu'il faut "effacer le nom de son grand-père à Yad Vashem. En y conservant, au coeur de l'Etat juif, le nom de mes proches, Israël retient prisonnière ma mémoire familiale derrière les barbelés du sionisme...". Les "barbelés" de cet individu sont de fait ceux de son refus d'assumer sa judéité pleine pour échapper au destin collectif de son peuple, qui l'amènent à rejoindre le camp des bourreaux de son grand-père.
    - L'UJFP (Union juive française pour la paix, photo ci-dessus) combat Israël avant tout avec Pierre Stambul (Président) , Marcel-Françis Kahn (Pr. de médecine), Richard Wagman (Prsdt d’Honneur), Rachel Choukroun (Prsdte de Femmes en Noir), Perrine Olff-Rastegar ('Collectif judéo-arabe pour la paix'), Pascal Lederer ('Autre Voix Juive')...
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3. Les fous des complots, Pierre-André Taguieff
Interview avec l'Observateur, adapté par Yerouchalmi
Directeur de Recherche au CNRS, Taguieff a publié "L'Imaginaire du complot mondial, un mythe moderne", "Prêcheurs de haine" et "La Foire aux Illuminés" (éd. 1001 nuits), "les Protocoles des sages de Sion" (Berg/Fayard) et "La Judéophobie des Modernes" (Odile Jacob)
Q : Pour vous, les théories du complot ne reposent sur rien de réel ?
R :
Je fais une 1ère distinction entre les complots réels (enquêtes journalistiques, policières, historiques), et les complots fictifs qui renvoient à des représentations et des croyances, des rumeurs. Ces récits plus ou moins vraisemblables appartiennent à "l’imaginaire du complot". Une 2ème distinction suivant leur éloignement plus ou moins grand de toute réalité : d’un côté, des complots purement chimériques, dénués de toute base, de l’autre, des complots basés sur un bricolage idéologique de fragments de réalité sociale, interprétés dans un certain sens.
Q : Templiers, Francs-Maçons, Juifs, et maintenant gouvernement mondial : comment en décrire les cibles au cours des siècles.
R :
On distingue d'abord une composante structurale : la continuité dans les thèmes : une minorité puissante et occulte au programme secret de domination du monde par tous les moyens. En second lieu, une composante tributaire du contexte et condition de leur efficacité symbolique : politique, militaire, économique ou culturel. L’esprit complotiste a squatté les débats sur la "mondialisation", dénoncée comme projet satanique d'État despotique universel.
Q : Quelles sont les dernières évolutions des théories du complot ?
R :
On a d'une part les complots des minorités subversives en quête du pouvoir, et, d’autre part, ceux des élites dirigeantes pour le conserver, tout cela avec pamphlets, journalisme de "révélations" ou sociologie démystificatrice sauvage aux documents douteux.
      Les nouveaux complots portent aussi sur des événements récents (11 septembre... ) : on commence par douter des faits et soupçonner la manipulation, on s’applique ensuite à démystifier, pour enfin désigner les coupables, les agents secrets de la mystification et les forces occultes à qui elle profite. Le complot est présenté successivement comme possible, vraisemblable, probable, puis, quasiment sûr. Concernant le 11 Septembre, il s’agit bien sûr du grand "complot américano-sioniste"...
Q : Ces complotistes se basent sur les découvertes militaires et médicales.
R :
La 1ère vague d’après-guerre a été lancée par la "rumeur de Roswell" en 1947, avec la prétendue découverte, par l’US Army, d’un Ovni accidenté aux extraterrestres blessés.
Cette littérature est parfois indiscernable de la science-fiction ou du fantastique.
La 2ème vague est apparue dans les années 80 sur le thème du sida, le virus Ebola, puis, récemment, sur la grippe H1N1, avec les accusations contre le "lobby pharmaceutique" ou  "militaro-industriel" d’avoir orchestré des pandémies (avec la complicité de la CIA... ). Les objectifs des conspirateurs varient : réduire la population, exterminer les gays ou les Noirs... Récemment, des milieux islamistes ont accusé "les sionistes" de diffuser le virus, dans une longue série des guerres lancées par les Juifs contre Allah.
Q : Internet a-t-il popularisé les théories du complot et comment ?
R :
L’accélération du conspirationnisme par Internet est observable, car c'est un canal de contre-journalisme, de contre-information, bref, d’une nouvelle contre-culture globalisée aux nouvelles sources de révélations ouvertes à tous, mais sans critères pour hiérarchiser et dévcypter les informations. Chacun peut faire librement son marché parmi les milliers de sites conspirationnistes. En mêlant le vrai et le faux, le possible et le réel,  Internet contribue à la légitimation et la banalisation du complotime.  
Q : Qui sont les complotistes : extrême droite, gauche altermondialiste, internautes ?
R :
Les complots de types sataniques fascinent les extrémistes en quête d’un ennemi absolu, invisible et surpuissant, sachant se travestir. Les rumeurs complotistes ordinaires, sont structurées par des croyances répandues : "On nous ment", "On nous mène en bateau"... Ce qui est ici postulé, c’est que les "lobbies" mènent le monde.
Ceux qui y croient imaginent les journalistes comme complices des puissances occultes, et surestiment leur pouvoir d’influence, rumeur diffusée sur Internet : la presse "officielle" déforme les faits et manipule l’opinion "dans les coulisses".
Q : Les théories du complot n’ont-elles pas le mérite de maintenir une méfiance face à des dangers qui pourraient se présenter ?
R :
Les visions complotistes ne relèvent pas d’un catéchisme passif et peuvent aiguiser l’esprit de défiance, nourrir le soupçon vis-à-vis d'évidences en cours, voire exercer l’esprit critique. Mais lorsqu’elles sont portées par le doute, c’est toujours avec excès, sans prudence, comme dans l’hyper-critique historique, qui a engendré le négationnisme.
Le démon du soupçon étant insatiable, il finit par dévorer le réel, non sans se détruire lui-même. L’autodestruction du doute, c’est l’antichambre du dogme.
Il est bon de douter, mais, à condition de pouvoir aussi douter de ses doutes.
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4. The Sound of Silence, Simon & Garfunkel
Paroles avec traduction en français, Félix Perez,
respectant les rythmes pour être chantées exactement sur l'air original

Chanson    cliquez sur    In The Sound of Silence   
Simon et Garfunkel, des juifs surdoués

          Paul Simon et Arthur (Ira) Garfunkel sont deux musiciens juifs américains aux influences folk, nés en 1941 et ayant formé un des duos les plus populaires des années 60. Ils se rencontrent à 15 ans au Lycée à New York, pour écrire leurs propres chansons, avec un 1er succès de rock "Hey, Schoolgirl".
          Paul Simon est dans la mouvance des Beatles et surtout d'una autre juif, Bob Dylan, dont la poésie et le mysticisme vont influencer ses compositions. Garfunkel a une formation de musique classique. Ils se retrouvent en 64 avec "Wednesday Morning, 3 A.M", incluant la célèbre "The Sound of Silence", qui connaîtra un succès à retardement en 1966 au coeur même de l'album du même nom. Les chanteurs enchaînent les succès : Scarborough Fair, la chanson du film Le Lauréat (The Graduate) Mrs. Robinson, jusqu'à "The Boxer", "Cecilia" et leur dernier album "Bridge over Troubled Water", sorti en 1970.
          Simon chantera ensuite en solo et Garfunkel fera su cinéma. Ils reconstitueront leur duo pour plusieurs concerts exceptionnels à l'immense succès, jusqu'à leur tournée Asie/Océanie de cet été 2009.
           Simon & Garfunkel représentent toute une époque qui mêle la sensibilité poétique de leurs chansons à une certaine candeur adolescente. Les mélodies de Paul sont simples, accompagnées par une guitare et quelques arrangements, laissant toute la place aux voix.
Judaïsme et "Sound Of Silence"
          a) Sound Of Silence est basé sur l'inaptitude de nos sociétés à une réelle communication. Nos auteurs juifs y reprennent (consciemment ?) dans leurs paroles
quasiment mot pour mot les Psaumes du Hallel :
   - "ces personnes qui parlent sans discuter ; ces gens qui entendent sans écouter"
versus le Hallel :
   - "ils ont une bouche mais ne parlent pas ; ils ont des oreilles mais n'entendent pas".
          b) Ils se réfèrent aussi au désespoir des Prophètes juifs de parler dans le "désert", remplacé ici par le "Son du Silence".
          c) Leurs paroles condamnent l'idolâtrie accusée d'être, comme dans le judaïsme, source de non-communication :
"Tous s'inclinaient et priaient le d.ieu Néon qu'ils créaient".
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Sound Of Silence
 
Traduction de F. Perez, respectant les rythmes pour être chantée sur l'air original
Hello darkness, my old friend
I've come to talk with you again
Because a vision softly creeping
Left its seeds while I was sleeping
And the vision
that was planted in my brain
Still remains
Within the Sound of Silence.
.
In restless dreams I walked alone
Narrow streets of cobblestone
Beneath the halo of a street lamp
I turned my collar to the cold and damp
When my eyes were stabbed
by the flash of a neon light
That split the night
And touched the Sound of Silence.
.
And in the naked light I saw
Ten thousand people, maybe more
People talking without speaking
People hearing without listening
People writing songs
that voices never share
And no one deared
Disturb the Sound of Silence.
.
"Fools," said I, "you do not know
Silence like a cancer grows
Hear my words that I might teach you
Take my arms that I might reach you !"
But my words
like silent raindrops fell
And echoed
In the wells of Silence.
.
And the people bowed and prayed
To the neon god they made.
And the sign flashed out its warning
In the words that it was forming
And the signs said
"the words of the prophets
Are written on the subway walls
and tenement halls"
And whispered
In the Sounds of Silence.
Salut, ma vieille amie, la Nuit
Je viens encore me confier :
Une vision a envahi
Mon esprit pourtant endormi.
Cette vision,
plantée là dans mon cerveau,
Reste sans/
Troubler le Son du Silence.
.
Arpentant seul ces rêves troublés,
Aux rues étroites et pavées
Sous le halo d'un réverbère,
Grelottant face au froid humide d'hiver
Quand mes yeux
furent bien,
d'un grand néon, éblouis
Perçant la nuit/
Touchant le Son du Silence.
.
Dans cette lumière nue je vis,
Dix mille personnes, peut être plus
Personnes parlant sans discuter
Gens entendant sans écouter
Créant des chansons
que nul ne chantera
Et nul n'osait/
Troubler le Son du Silence.
.
"Idiots", dis-je, "ignorez-vous,
Silence ce vrai cancer tue tout
Mes mots sont là pour vous atteindre,
Mes bras sont là pour vous étreindre !"
Mais mes mots,
gouttes de pluie silencieuses,
Résonnaient/
Dans les puits du Silence.
.
Tous s'inclinaient et priaient
Le d.ieu néon qu'ils créaient.
Un flash soudain les alerta
Par des mots clairs qu'il dessina
Et qui disaient :
"les paroles des prophètes
Sont écrites des murs des métros,
jusqu'aux bistrots"
Murmurés/
Dans les Sons du Silence.
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5. Dimensions politiques de la Thora, Rav Uriel Avigès -Yechiva du Rav Feinstein- New York  adapté par Yerouchalmi
Rav Avigès, jeune spécialiste réputé en méthodes de déduction halakhiques (législatives), est également féru en pensée juive, qu'il analyse avec les Commentateurs et confronte aux textes de la modernité. Il enseigne aux francophones de New York, un cours biblique réputé, accessible sur   Cours Rav Avigès   
NB : le mot "politique" est à comprendre au sens large d'un engagement vers la société
Essentialité du lien entre Nation d'Israël et Thora
        - Durant la période du Omer séparant dans la Bible la sortie d'Egypte du don de la Torah, D.ieu  avait commandé aux Hébreux de compter les jours qui passaient. Ce compte leur permettait de se préparer spirituellement à la si importante réception de la Loi. Alors que les juifs ont déjà reçu la Loi au Sinaï, il est difficile de comprendre pourquoi cette obligation de compter ces jours est maintenue annuellement depuis.
        - De fait, est-il si sûr que le premier contact des Hébreux avec la Loi date du Sinaï ? De nombreux Midrashim indiquent que les Patriarches en connaissaient déjà de nombreux éléments, qu’ils avaient pris soin de transmettre à leurs descendants.
        - Ces éléments de Loi connus avant le Sinaï ne pouvaient s'adresser qu'à des individus car il n'existait alors pas de nation juive. Dès lors, la novation du Sinaï à Chavouoth est la Torah adressée à toute une Nation, donc, comme un message politique. La Loi du Sinaï n'est plus seulement une éthique pour l'individu, et devient un code social adressé au peuple, acquérant une portée politique.
        - Les circonstances historiques du peuple d'Israël évoluant, le message politique de la Torah doit être régulièrement redéfini et on comprend la permanence de l'obligation de marquer cette période intercalaire du Omer. Le compte de ces jours qui en reste prescrit relie la fête de Libération Nationale de Pessah à celle religieuse de la Thora de Chavouoth pour indiquer l'essentialité du lien qui relie la Nation d'Israël à la Loi juive.
   - Ainsi le Traité du Talmud lu en cette période est "Pirké Avot" ("Maximes des Pères"), enseignements donnés par les guides de la nations en réaction au divers situation du peuple d'Israël à travers l'Histoire. Comme le Maharal de Prague le remarque au début de son commentaire du traité, seuls y sont cités les rabbins qui avaient un rôle politique dans l'histoire d'Israël pour y donner au peuple un message moral adapté aux situations de vie.
Dimensions transcendantes et politiques de la Thora
Le Talmud "Baba Metsia" comprend un passage choquant a priori pour un croyant : devant une controverse qui oppose les Sages de l'époque, une voix divine vient trancher et proposer sa solution. Or, ces même Sages rejettent cette parole divine (!!!) expliquant : "nous avons déjà reçu la Torah au Sinaï" ; c'est à dire que depuis, il n'appartient plus à D.ieu de décider l'interprétation des lois. Le Talmud de conclure dans le sens des Sages : D.ieu répond "mes enfants m'ont vaincu".
        Le Maharal de Prague explique, qu'au Sinaï, la Torah a perdu sa dimension de transcendance, au bénéfice d'une dimension politique (évoquée ci-dessus). La voix divine, toute respectable soit-elle, ne peut dès lors plus être acceptée au risque de contredire cette substitution essentielle Transcendance / Politique de la Thora. Il est vrai que pratiquement, l'élévation spirituelle que procure la Torah peut entrer en conflit avec son rôle politique, c'est pourquoi, depuis le Sinaï, la Loi orale impose de suivre les Sages à la majorité de leurs avis sans prise en compte d'aucune dimension extrahumaine.
        Ainsi le message de la Torah serait d'abord un message politique qui s'adresse au groupe, reléguant à l'arrière-plan ses messages de spiritualité.
Maimonide : s'isoler plutôt que de se compromettre !
        Cependant, Maimonide ne demande pas tant à l'individu de s'investir politiquement pour lutter contre les ambiances dégradées de sa société, que d'éviter d'en être influencé en s'en isolant ! Maimonide va plus loin à propos de l'obligation de réagir contre l'action de quelqu'un. Il limite cette obligation aux 2 seuls cas suivants : la réponse à une attaque personnelle et la réponse à l'attaque d'un ami proche. Dans les autres cas, Maimonide semble autoriser que "l'on cultive son jardin".
        Dans le 6ème chapitre de ses "Lois de la Connaissance", il mentionne :
   "Il est naturel de suivre les habitudes des habitants de sa ville. Aussi convient-il de de fréquenter la compagnie des sages et de fuir les méchants afin de ne pas être influencé par leurs pratiques... Et si tous les pays suivent un mauvais chemin, il devra vivre dans la solitude... Et si les habitants de son pays sont des pécheurs qui l'obligent à adopter leur mauvaise conduite, il devra se retirer dans les cavernes, les buissons, ou les déserts."
        Dans le contexte d'une Thora politique, Maimonide n'aurait-il pas dû déclarer au contraire "puisque l'homme peut influencer les autre, il revient au juste d'essayer d'améliorer au maximum la société dans laquelle il vie". Maimonide semble plutôt penser que la pureté morale garde tout son sens même dans l'isolement, même en dehors de toute action de bienfaisance sociale quand celle-ci devient trop risquée pour l'âme de l''individu. La pureté morale et la perfection semblent être pour lui des vertus qui se réalisent dans l'abstraction, l'isolement et la transcendance, contredisant, en apparence, l'essentialité ci-dessus mentionnée des dimensions politiques de la Loi.
Maimonide : la dimension politique d'Abraham
        Cependant le même Maimonide fait d'Abraham la figure centrale du judaïsme du fait précisément de son engagement politique :
   "D. n’était connu que de quelques individus. C’est ainsi que le monde erra jusqu’à la naissance du pilier du monde, Abraham, notre père. Alors qu’il n’était qu'enfant, il commença à réfléchir... jusqu’au moment où il sut qu’il n’existe qu’un seul D.ieu qui a tout créé. Il réalisa que l’humanité était dans l’erreur. Dès lors, il commença à réfuter les habitants d’Our Kasdim, brisa les figures et commença à enseigner au peuple qu’il fallait les détruire afin d’éviter que tout le monde ne se trompe ... Il alla de ville en ville et de royaume en royaume, appelant et rassemblant ensemble les habitants... Quand les gens affluaient vers lui, il répondait à  jusqu’à les ramener sur le chemin de la vérité. Ainsi, des dizaines de milliers se joignirent à lui, et constituèrent 'les gens de la maison d’Abraham' "
        Maimonide montre bien ici qu'Abraham a voulu convaincre l'humanité et qu'il s'est engagé dans une action politique plutôt que de s'isoler autour de sa croyance (comme de nombreux fondateurs de religions l'ont fait).
        Il nous faut alors retrouver une cohérence entre les positions en apparence contradictoires de Maïmonide !
Ne pas hésiter à rompre, pour mieux transmettre !
        A propos de ce passage de Maimonide, le "Raavad", son contemporain, explique  que les grands de la génération préabrahamique, Chem et Ever, n'avaient pas pu faire ce qu'Abraham a fait car, à sa différence, ils n'avaient pas commencé à sacrifier leurs liens familiaux et sociaux et à rompre avec leus sociétés de départ. C'est précisément cette rupture du lien social initial qu'Abraham va devoir justifier encore et encore, et qui va devenir le moteur de son action politique.
Tous les juifs ne sont-ils pas aujourd'hui de facto dans la situation d'Avbaham avec une certaine rupture implicite du lien social naturel : mariages séparés, nourritures séparées, week-ends séparés... Et de fait ne sentent-ils pas poussés à justifier de telles ruptures en donnant du sens à leurs engagements et en militant activement. Interprétation possible du ligotage d'Isaac, où les enfants d'Abraham se verraient condamnés à porter le fardeau de l'isolement tant qu’ils n’ont pas convaincu les autres...
        On entrevoit ainsi la cohérence des propos de Maimonide.
Bâtir son socle moral
   L'homme doit s'isoler dans la recherche spirituelle d’une direction morale (combien d'hommes politiques décrivent ces phases essentielles de traversée du désert dans lesquelles ils ont bâti le socle de leur futur engagement).
Sacrifier ses liens sociaux
   Pour satisfaire un tel idéal, l'homme devra le plus souvent sacrifier une partie de ses liens sociaux usuels (on peut penser à nombreux héros qui comme de Gaulle ont dû quitter leur nomenklatura d'origine).
Intensifier son engagement politique
        Dans un second temps cet idéal paraitra absurde du fait même du sacrifice qu'il demande, et, comme Abraham, l'homme aura un besoin d'autant plus intense de convaincre les autres pour le justifier. C'est dans ces conditions que sa parole prendra son plein sens, car résultant de la théorie et de l'action. 
.
   - Dans le passage ci-dessus évoqué de Baba Metsia, le fait qu'un Sage se soit contenté de s'appuyer sur la voix divine indique surtout qu'il n'avait pas cherché à convaincre les autres de ses idées, qu'il n'avait pas assez sacrifié socialement de lui même.
   - On notera qu'il y a eu énormément de sorte de leaders dans le peuple d'Israël, mais tous pendant une période de leur vie (6 mois, 1 an, 10 ans, 50 ans) se sont enfermes et ont étudié. C'est par exemple le sens de l'histoire de Rabbi Shimon Bar Yochai, rédacteur du Zohar, qui doit passer des années dans une grotte pour apprendre à désirer la société plutôt qu'à la détruire jusqu'à être prêt à la convaincre en lui donnant le Zohar.