2 Débats pour animer le SederNahum Botschko, Yechiva Kochav Yaakov du Rav Shaoul Botchko
traduit par Rav E. Simsowitch; adaptation Yerouchalmi
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1. La Sortie d'Egypte omniprésente
«En chaque génération, chacun a le devoir de se considérer comme étant lui-même sorti d’Égypte». La fête de Pessah elle-même, et le soir du Séder en particulier, sont consacrés au sujet de la sortie d’Égypte. Mais au delà de ce rappel annuel, c'est en fait tous les jours, au moment de la lecture du Chema Israël, tous les Chabbat et tous les jours de fête, pendant la prière et le Kidouch, et encore en bien d’autres occasions, que nous rappelons cet événement de la sortie d’Égypte. - Pourquoi cet épisode de notre histoire a-t-il fini par prendre une telle importance ? - Comment est-il donc possible d’obliger chaque Juif à se considérer comme s’il était lui-même sorti d’Égypte ? Cet événement s’est produit il y a plus de 3500 ans et, si nos pères y étaient, nous n’y étions pas présents !
La Naissance d'un Peuple Rabbi Yitzhaq Eiziq Haver, auteur du Yad Mitzrayim sur la Haggada, écrit :
«
Comme au terme des jours de grossesse de la femme, ils sont sortis d’Égypte, semblables à l’embryon qui se détache du sein de sa mère en grande hâte. Alors fut dévoilée leur grandeur et leur valeur, et ils sont devenus un peuple à part entière.
De même que par nature, il est difficile à celui qui doit naître de sortir d’un lieu étroit, ainsi en fut-il à la sortie de l'Égypte appelée «nudité de la terre». De même que lors de l’accouchement les douleurs saisissent la mère qui crie dans les souffrances de enfantement, de même la sortie d’Israël a provoqué les plaies de l’Égypte et il y eut une grande clameur en Égypte».
Voilà une image extraordinaire comparant la sortie d’Égypte à une naissance, à la manière du verset qui avait déjà dit : « un D.ieu a-t-il jamais tenté de se prendre une nation du sein d’une autre nation ?» ce qui nous enseigne que la sortie d’Égypte n’est pas seulement délivrance de l’asservissement mais aussi – et peut-être surtout – l’instant de la naissance d’Israël en tant que peuple.
Ce qui explique ainsi pourquoi nous rappelons la sortie d’Égypte presque à chaque occasion ; nous n’avions pas, jusqu’alors, d’identité nationale propre, comme un embryon dans le sein de sa mère. Ce n’est qu’à la sortie d’Égypte que la formation de notre être s’est achevée (voir à ce sujet Guévourot Hachem du Maharal de Prague, chapitre 3).
Techouva collective et individuelle Mais il faut savoir que chaque date que la Thora nous a commandé de commémorer, n’est pas seulement un événement historique du passé, mais que chaque année se renouvelle de la part de D.ieu, le même jour, le même influx qui avait provoqué l’événement originel : «comme en Nissan ils ont été délivrés, en Nissan ils seront appelés à être délivrés», et ainsi pour toutes les fêtes. Chaque année, Israël vit ainsi une étape supplémentaire du processus de son renouvellement en se rapprochant de sa délivrance ultime.
Ce qui est vrai de la collectivité d’Israël dans son ensemble est vrai aussi de chaque individu. Chacun peut ainsi, à l'occasion de Pessah, renaître et être délivré, sortir de son Égypte personnelle, de ses diverses addictions et servitudes. Sortir au sens strict de l’esclavage vers la liberté et se sentir en cela comme étant lui-même sorti d’Égypte.
Rappelons, pour conclure, les propos du Rabbi de Slonim, auteur du Nétivoth Chalom :
«
En chaque génération, chacun a le devoir de se considérer comme étant lui-même sorti d’Égypte, car en chaque année l’événement de la sortie d’Égypte se renouvelle, le Juif se débarrasse de la gangue de l’Égypte, et devient Juif membre du peuple élu pour une nouvelle année… et même s’il était plongé jusqu’au quarante-neuvième degré d’impureté, la sainteté de cette fête a le pouvoir de l’en sortir et il peut redevenir neuf comme un converti venant de rejoindre Israël ou un enfant qui vient de naître».
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2. Quatre modalités d'être fils
La Thora prévoit les questions que les fils poseront à leur père lors du Seder et va jusqu'à formuler les réponses qu'il devra leur apporter. La Haggada de Pessah a repris ces questionnements fils/pères prévus dans la Thora, en répartissant les 'manières d’être fils' en quatre catégories : «le sage, le méchant, le simple et celui qui ne sait même pas qu’une question se pose». A chacun selon sa personnalité
De fait, cette répartition leur a été dictée par le contenu même de leur question et l'aspect des réponses que la Thora préconise d'y apporter. Lorsqu’on considère celles-ci, on constate qu’il existe effectivement plusieurs manières d’être fils ; et en regard chaque réponse est apportée elle aussi sur un ton et d’une manière spécifiques. Comme pour souligner que l’éducation des enfants ne peut aucunement être stéréotypée. Chaque enfant doit être considéré dans son unicité et traité de la manière qui correspond à sa propre personnalité. Ce qui convient à l’un ne convient pas nécessairement à l’autre. Salomon l’avait déjà enseigné dans ses Proverbes (XXII, 6) : «éduque l’adolescent selon sa voie !»
Essayons de déterminer, en lisant la Haggada, la réponse qui convient à chacun :
- 'Le sage' et la sensibilité
'Le sage' veut comprendre chaque chose lorsqu'il demande : «que sont les lois, statuts et commandements qu’Hachem notre Dieu vous a donnés ?» À un tel fils, le père doit expliquer que, quelle que soit l’importance des investigations intellectuelles, il faut prendre garde à ne pas se contenter d'être un pur esprit. C'est dans l'enthousiasme qu'il faut vivre le miracle de la sortie d'Egypte (
de même que rabbi Yéhouda Halévy s’étend longuement dans le Kouzari sur l’importance du vécu de la Révélation du Sinaï comme fondement de la foi).
La réponse à la question du sage passe par l’exposé de la Loi : « après le Pessah, plus rien n’est consommé. » Le Pessah, c’est l’agneau pascal qui devait être consommé rôti au feu jusqu’à minuit et plus rien – pas de dessert ! – ne devait être mangé après,son goût devant seul persister dans la bouche.
La référence faite au goût dans cette si bizarre réponse est là pour justement insister sur l'indispensable référence au vécu.
- 'Le méchant' et la collectivité d'Israël
'Le méchant', sans même y prendre garde, par sa question s’exclut de la collectivité d’Israël en demandant « quelle est cette servitude
pour vous ? ». Il appartient au père de relever, en l’accentuant, l’implication de ce «
pour vous » où résonne plus ou moins subrepticement un «
pas pour moi ».
Le père doit souligner la gravité de cette implication de désolidarisation en disant :
« c’est pour cela que D.ieu a agi en
ma faveur quand de l’Égypte je suis sorti » ; en ma faveur et non la tienne si tu t'exclus !
Sache qu’une telle attitude risque de te rendre étranger à ta famille et à ton peuple, ce qui n'est certainement pas ce que tu recherches.
- 'Le simple' et l'élection d'Israël
'Le simple' voit sans réellement comprendre tout ce qui se passe autour de lui lors des cérémonies du Séder, et demande naïvement : «que se passe-t-il ?» Le père doit lui expliquer la libération d'Egypte offerte par D. «à main forte D. nous a fait sortir d’Égypte, de la maison des esclaves».
Mais il doit également rappeler au benêt qu'il ne peut se contenter de jouir naïvement de ces bienfaits divins car la Nation juive a reçu en contrepartie de ses droits des responsabilités qui incombent à tous, lui y compris. C’est-ainsi que D. ieu a fait de nous un peuple à part dès l’origine et cette spécificité s’est historiquement dévoilée à la sortie d’Égypte.
C’est pourquoi nous sommes au service du Créateur et sommes en charge de chanter sa louange à la face du monde.
- 'L'indifférent' doit se rapprocher
'L'indifférent' ne sait pas même pas qu’une question se pose devant le Seder ; il ne parle pas, ne communique pas. Il peut y avoir à cela plusieurs raisons : manque d’intérêt, isolement affectif… Il faut alors prendre, à sa place, l’initiative du questionnement : «Toi
(au féminin), ouvre lui la bouche». La mère, affectivement plus proche, ou le père – maternellement – doivent l’aider à sortir de son mutisme.
La Thora ne mentionne que la nécessité d'obtenir un questionnement mais sans préciser explicitement ni la question ni la réponse. En manifestant à cet enfant amour et attention, en communiquant avec lui surtout ; sans souci, à ce stade, du contenu de la communication, les parents pourront quelque part le rapprocher de la collectivité.
Nos sages apportent pour preuve le verset : «Tu en feras le récit à ton fils en disant : c’est pour cela qu’il a agi pour moi quand de l’Égypte je suis sorti » qui exige explicitement du père qu'il fasse le premier pas vers l'enfant avant même qu'il ait exprimé un quelconque questionnement !
Conclusion
En cette importante soirée, où parents et fils sont assis ensemble, à la même table (ce qui est hélas de moins en moins fréquent de nos jours), efforçons-nous de transmettre à chacun des fils les thèmes de la foi, du service de D.ieu et de la Communauté et cela, de la manière qui convient à chacun. Belle leçon de communication et de pédagogie !