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Manitou, 13 ans déjà ! 
Un penseur franco-israélien du sionisme
Ce 27 octobre/9 Hechvan (date exacte de parution du Yerouchalmi N°107), est le 13è anniversaire du décès de Manitou.
Maître du judaisme francophone d'après-Guerre avec Neher, Lévinas et
des militants comme Paul Roitman, 'Manitou' ou Rav Léon-Yehouda Ashkenazi (1922-1996) fut une figure clé du judaïsme français d'après-Guerre, dont l'influence a dépassé la seule
francophonie et persiste encore. Rabbin, cabbaliste et philosophe, il a revitalisé la pensée juive
moderne et ramené au judaïsme et en Israël un grand nombre de personnes
et de cadres communautaires, après
les avoir imprégnés dans ses cours, de leur
identité juive, de l’amour d’Israël et d'un amour de l'autre renforcés par l'humanité et l'humour du Maître. Idées clés et parcours ci-après exposé...     André Neher/Paul Roitman/Emmanuel Lévinas/Manitou
NEW - Gilles Bernheim : Abraham et les Nations cliquez sur Vidéo Retour Yerouchalmi N°107 cliquez sur Yer 107 . AU SOMMAIRE 1. Biographie de Manitou 2. Manitou vu par lui-même 3. Le Juif redevient Israël : mutation identitaire. Manitou============================
1. Biographie de Manitou Sa Jeunesse militante Né en 1922, avec 7 autres enfants, du dernier Grand Rabbin d'Oran, il descend
par sa mère d'une dynastie de cabbalistes sépharades (dont le Rav Ibn
Touboul, disciple du Ari-zal) et, par son père, de Juifs européens en
Algérie depuis des siècles. Sa jeunesse est celle d'un «Français
d'Algérie de religion juive», priant en hébreu, fredonnant en arabe,
parlant en français, étudiant la Thora avec ses parents et leurs
disciples et fréquentant l'école française. La Guerre et les lois de
Vichy lui font ressentir une "faille dans la relation à l'identité
française". Dans la Résistance dès 40 avec les Éclaireurs Israélites,
il est ensuite mobilisé avec les Alliés, dans la Légion étrangère comme
Aumônier et combattant d'Infanterie.
Son Judaïsme engagé de l'Ecole d'Orsay Manitou retourne en France
après la guerre pour y rebâtir les structures juives sous la houlette
des EI et de Robert Gamzon (Castor), en y fondant la célèbre 'Ecole des
Cadres Juifs d'Orsay'. Il y rencontre son épouse, Esther et y suit
l'enseignement de Jacob Gordin, son "maître de la tradition ashkénaze",
un philosophe Juif russe exilé. Président de l'UEJF, licencié en philo
et en ethnologie, c'est face à l'immobilisme orthodoxe, au réformisme
du Consistoire d'alors, et aux marxisme et rationalisme universitaires,
qu'il relève le défi de raviver le judaïsme des jeunes "affadi par 2
siècles de Haskalah", en développant un sionisme religieux.
Egalement
engagé dans le dialogue judéo-chrétien, il prône un judaïsme qui n'a
pas à justifier l'honorabilité de sa tradition. Refusant de
passer par le prisme des philosophies et civilisations (qui n'ont cessé
de juger le judaïsme selon leurs propres valeurs), il pousse à se
confronter aux critères de vérité propres à une longue Tradition Juive.
Plus tard, prônant un sionisme religieux, il ne cessera de s'impliquer
dans le
dialogue inter-religieux, avec le christianisme comme avec l'Islam, ou
le Dalaï-Lama. NB : A ce propos, il déclarait "la
religion juive,
c'est la fidélité à la Révélation prophétique où D.ieu interpelle les
hommes. Les païens, eux, interpellent les d.ieux qu'ils se
construisent. Quant à eux, Chrétiens et Musulmans, ont accepté le D.ieu
d'Israël, mais refusé les Juifs. Il s'agit d'une vocation plus
culturelle cherchant
l'explication du monde, rencontrant l'idée de D.ieu et se faisant une
religion de telle ou telle conception". En
tant que "Rabbin qui enseigne aux universitaires", il présente à
l'Union Mondiale des Étudiants Juifs son "Héritage du Judaïsme et
l'Université" qui dénonce l'inaptitude des Universités comme des
Yeshivot à assurer un enseignement à la fois moderne et enraciné dans
le judaïsme. Pour y remédier, il multiplie conférences
et créations de centres d'étude.
Manitou en Israël En Israël dès après la Guerre des
Six Jours, il étudie avec Rav Zvi Yehouda Kook et Rav Ashlag, tout en
y fondant les Centres d'études juives
et israéliennes pour francophones : l'Institut Mayanot et le Centre Yaïr. Il est membre de nombreux comités
gouvernementaux ou associatifs, pour l'éducation et les relations à la
Diaspora et participe au rapprochement d'Israël avec le continent
africain. Très connus du public francophone, ses écrits seront, après son décès à
Jérusalem en 1996,
diffusés dans le monde avec un intérêt croissant. Mais, Manitou restera surtout
un maître de l'oral qu'il maniait avec talent, affection et incessants jeux de
mots franco-hébraïques. Parmi ses quelques textes : "La
parole et L'écrit" et "Leçons de Torah" (Albin Michel), "Un Hébreu
d'origine juive" (éd. Omaya) et 16 ouvrages en Hébreu. Nombreuses Conférences sur Akadem - Un Site : http://manitou.org.il/
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2. Manitou vu par lui-même Adaptation Yerouchalmi Une jeunesse algérienne spécifique
L'histoire de ma vie ne présente aucun caractère d'exemplarité, sinon qu'elle est représentative de la grande mutation
d'identité du peuple juif.
Mon père a été le dernier Grand Rabbin des Juifs
d'Algérie, à la fin de toute une communauté. Plus que liés à la
décolonisation de l'Algérie, le départ des juifs du Maghreb s'inscrit
dans le cadre d'événements qui
s'annonçaient déjà depuis la Guerre et qui prendront
leur signification avec la création d'Israël. Pendant la 1è partie de ma vie, en Algérie et avant la Guerre,
je me suis senti Juif algérien et citoyen français. Mais, à la différence du contexte occidental de pensée de mes compatriotes,
avec ma famille privilégiée de rabbins, entre rabbins, nous
parlions* et pensions en hébreu classique du Moyen-Âge. En réalisant la dimension providentielle de l'Histoire
Juive (y compris athée), nous réalisions que tout Juif fait partie
de l'Alliance. *parlant aussi
judéo-arabe, français, espagnol ou judéo-espagnol.
De la Diaspora à la prise de conscience
C'est dans la 2è partie de ma vie, en France d'après-Guerre, que j'ai
découvert la complexité historico-sociologique du judaïsme, en
rencontrant – moi le séfarade – le judaïsme achkénaze. J'ai donc
longtemps été Juif de Diaspora ayant conscience de l'identité juive de
diaspora, identité qui persiste autour de la
société israélienne. Mais, dès 54, j'organisais les 1ers voyages en
Israël de cercles universitaires.
En
Israël, le choc a été double : a) je suis chez moi ; b) le judaïsme a
ressuscité et nous redevenons les Hébreux. Pour insérer une telle
résurrection juive dans la réalité contemporaine de
notre tradition, nous nous devions d'en exprimer les termes
en hébreu, et dans une mentalité proprement hébraïque. En Israël, nous
découvrions que cette tradition, longtemps formulée sur un mode
messianique sublimé, subitement, s'inscrivait dans la
réalité historique. Retardé en France par la santé de mon père (ztsl)
et par le besoin de formation des cadres, j'y ai subi un second choc
déterminant : celui de la Guerre des Six jours, avec un Israël en réel
danger de disparition. C'est là que j'ai décidé de m'arracher à la
diaspora, encouragé par le fait que l'intégration de mes enfants en
Israël y serait plus facile s'ils partaient jeunes.
Israël et la mutation identitaire juive La 3è partie se passe en Israël, en tant qu'Israélien. J'ai pu y constater que - Les Achkénazes descendent des exilés du 1er Temple, pas
revenus à l'époque du second et dont la tradition esr alors restée celle
d'une nation d'avant le retour d'exil.
- Les Séfarades, exilés du second Temple, mais déjà revenus d'un 1er
exil, ont pu plus facilement intégrer le retour dans la Nation d'Israël. Nous, juifs d'Algérie, considérions les musulmans (sans image dans leur
culte) comme monothéistes, et les chrétiens quelque peu païens
(exotiques à nos yeux car peu familiers et aux nombreux symboles). Nos
relations avec nos voisins non-juifs (musulmans) sont théologiquement
plus paisibles, car,
contrairement aux chrétiens des Achkénazes, l'autre croyant (le
musulman)
ne nous a jamais disputé notre vocation de vrai Israël. J'ai alors eu la chance d'y vivre un exemple de la mutation
d'identité qui transforme le peuple juif en Nation Hébraïque et le Juif en Israélien! Cette mutation d'identité réussie a générée chez moi (comme chez l'israélien
concerné) un malaise au regard des 80% du peuple juif de Diaspora, qu'elle n'a pas touchés. Urgence de l'Ayah et Vocation personnelle
J'ai alors passé une grande partie de mon temps à expliquer pourquoi et
comment les israéliens tentaient de convaincre leurs frères de destinée
en Diaspora de venir partager leur identité d'israélien, point
d'accomplissement de siècles d'Histoire. Quant à savoir pourquoi c'est
moi qui ai vécu cela plutôt que d'autres
Juifs algériens au parcours analogue, c'est sans doute le résultat
combiné de la grâce, du mérite des ancêtres, de la rencontre des
maîtres et d'une certaine vocation personnelle...
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3. Le Juif redevient Israël : mutation identitaire, Manitou Monde Séfarade N°3 "La 'réhébraïsation' du Peuple Juif". Adaptation Yerouchalmi.
Identités Achkénazes et Séfarades
Les racines : 2 exils
- La destruction du
1er Temple a donné lieu à la diaspora de Babel, dont seule, une infime
partie est revenue sous Ezra/Néhémie, laissant en diaspora les 1ères
communautés achkénazes, les yéménites et une partie de celles d’Afrique
du Nord (comme Djerba). - Le second exil sera constitué en grande partie par les 'séfarades'. - Parallèlement se dessine la division du Monde entre la chrétienté au Nord de la Méditerranée, et l'Islam au Sud. Or, les Juifs des 2 exils ont - dans l’empire chrétien, été marqués par le judaïsme achkénaze.
- dans le monde islamique, reçu l’influence séfarade, constituée dans
la symbiose judéo-musulmane, et «traduite en espagnol» seulement après
la reconquête chrétienne de l’Espagne.
 2 terreaux : Diaspora et Israël
Tout comme la séfarade, l'identité
achkénaze s'est constituée dans l’exil. La rencontre Achkénaze/Séfarade (2
bifurcations) n'aura cependant pas la même nature en Diaspora ou en
Israël : - En Diaspora, le judaïsme perpétue l’identité juive et la rencontre Achkénaze/Séfarade y reste artificielle
- En Israël, le judaïsme exigeant une 'réhébraïsation' de l’être
juif, a rendu cette rencontre sociopolitique et obligatoire.
Depuis la destruction du 1er Temple, la Diaspora avait duré si
longtemps que les Juifs avaient fini par croire qu’elle existait en
soi, alors que ce n’était qu’une donnée conjoncturelle entre deux temps
hébraïques. L’Exil avait transformé l’Hébreu en Juif ; de notre
temps, le
Juif se retransforme en Hébreu au retour en Israël et se voit
restituer un objectif sociopolitique, l’Etat.
Avenirs achkénazes et Séfarades
En diaspora, le Juif ashkénaze est toujours à même de chercher son
avenir, dans l’aire culturelle qui lui est propre en s’adaptant plus ou
moins bien à une histoire parfois tragique, solidaire ou non d’Israël.
Par contre, suite à la décolonisation et au conflit israélo-arabe, la
survie des communautés juives n'a quasiment plus été possible au lieu
d’origine du «sépharadisme», en pays d'Islam et les a d'autant plus
solidarisé d'Israël. De plus, dès le contact des séfarades
avec la culture occidentale, on assiste à leur plongée dans la culture
occidentale, souvent cristallisée par l’Alliance Israélite Universelle
fondée par des achkénazes pour les aider à entrer dans la modernité.
Cela a contribué à les «déséfaradiser» dans leur judéité : rites,
traditions, langue. Dans les pays de chrétienté, l’identité séfarade
ainsi devenue artificielle est en danger de 'folklorisation', voire de
disparition ! (telles les judaïcités séfarades à l’état de survivance
en zones ashkénazes de Hollande, d’Angleterre ou d’Amérique). Il ne
peut y avoir d’autre territoire homogène à l’identité séfarade que les
pays d’Islam. Partout ailleurs, la judéité séfarade, reportée sur
d’autres territoires et paysages culturels, se manifeste en survie. Achkénazes, Séfarades et Relations à Israël.
Les séfarades, exilés du second Temple, avaient connu un 1er retour en
Israël du temps d’Ezra, ce qui n'est pas le cas des achkénazes, sans
expérience d'aucun retour en Israël. Ainsi, le
rabbinat séfarade des années 30 à 60 a-t-il unanimement accepté l'Etat
juif, alors que, dans sa majorité, le rabbinat ashkénaze l'a refusé,
attendant le Messie de la résurrection des morts (le Messie, fils de
David) en refusant la phase nationale sensée la précéder (du Messie,
fils de Joseph).
Bien sûr, on ne manquera pas d'objecter que le sionisme est
né en monde ashkénaze. Mais, il s'agit du 'sionisme politique' et laïc
auquel le rabbinat achkénaze ne s'est, dans sa majorité, pas associé ! Les 3 urgences de 'réhébraïsation' L’identité juive reste en risque d’éclatement sur 3 grands axes de 'réhébraïsation' : la Torah, le Peuple, la Terre.
a- Sur le plan de la Torah,
il y a eu évolution. Les rabbins séfarades formés dans les yeshivot
ashkénazes optent le plus souvent pour une position antisioniste contre
nature par rapport à leur origine. Inversement, les rabbins ashkénazes
étudiant la Cabbale avec des maîtres séfarades/hassidim, constituent
une partie du rabbinat sioniste. Il n'en demeure pas moins que les problèmes
complexes de vie pratique qui différencient Sefardim et Achkénazim
demeurent : comment étudier, prier, manger kasher ? On n’enseigne pas
la guemara de la même façon à un Achkénaze qu’à un Séfarade...
b- L’axe du peuple :
la fraction du peuple participant à la vie politique israélienne tente
de s'identifier à un parti défendant ses origines. Cependant,
aucune organisation achkénaze ne s’intitule achkénaze, alors que les
Juifs séfarades sont contraints d’ajouter l’adjectif séfarade (asymétrie liée au côté artificiel déjà évoqué : en terre d’Islam,
séfarade signifie juif, mais, ailleurs, être séfarade ne signifiait
plus nécessairement être juif !). Il faudrait, qu’à
l’image des Achkénazim, les Sefardim réussissent à créer l’Israélien
fier et d’origine orientale. Notre avenir est d’être Hébreu. Pour
formuler un judaïsme Séfarade hébraïque, il faut légitimer le
«Séfaradisme».
c- La terre d’Israël, est également
l’objet de tensions, quant au principe même. Le problème se complique
du fait du maintien en Diaspora de près des 2/3 des juifs, même s'ils
se disent être la diaspora d’Israël. La
société israélienne a créé une mutation d’identité dans l’histoire
juive qu'elle oblige à s’effacer pour laisser place au temps hébreu
d'une relation au monde extérieur, cristallisée : - soit en
environnement chrétien, (non-juif se réclamant de l’identité d’Israël)
qui confronte le juif au problème d’identité profonde : «Qui est
Israël ? Le chrétien ou le Juif ? Edom-Rome ou Jacob-le peuple juif ?»
avec pour lots associés, angoisse et remise en question perpétuelle,
productions littéraires de type
kafkaïen... - soit en milieu islamique, représenté par
Ismaël, second fils d’Abraham, avec un problème moins de rivalité
religieuse/existentielle que de nature nationale : à qui appartient la
terre d’Abraham ?
Achkénazes et Séfarades 'réhébraïsés'
De notre temps, chacun aide l’autre dans son conflit : - C’est la force du Sionisme politique du monde achkénaze qui aide les Sefardim à reconquérir sur Ismaël la terre d’Abraham
- C’est la Cabbale des Séfarades, ramenée de l’exil du second Temple,
qui aide les Achkénazim face à la rivalité de la théologie chrétienne.
Eliahou Elyashar (ztsl) comparait les judaïcités séfarade et achkénaze
à 2 piliers soutenant le même édifice : Israël. Il est urgent de
consolider le plus faible (le Séfarade), sinon l’édifice entier est en danger. Il
s’agit donc de réhabiliter l’être culturel séfarade dans le cadre d'une
recherche de l'ensemble du patrimoine juif et israélien. Ce retour, s'il reste
basé sur une réhébraïsation de l’identité juive, agira non pas comme
reconduction d'archaïsmes du passé, mais comme tremplin et
enrichissement de la judéité pour l’avenir.
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