Qu'est ce que l'humour juif ?
par le Rav Elie Kling Voir aussi le dossier spécial Humour Juif Adaptation Yerouchalmi
Cadeau : tout dernier sketch de Gad Elmaleh "Les Valises à l'Aéroport".
Contrairement à l'idée communément admise, l'humour juif n'est
pas le produit de l'exil et des pogroms. Généralement, on nous raconte
que c'est le statut de minorité discriminée qui amena notre peuple à
réagir par d'astucieuses pirouettes de l'esprit, virant bien souvent à
l'auto-dérision. Explication autant simpliste que dangereuse.
- Dangereuse parce que de l'ironique auto dérision à la regrettable
haine de soi, il n'y a qu'un pas que des esprits mal intentionnés
seraient allégrement tentés de franchir.
- Simpliste, parce qu'elle ferait dater la naissance de l'humour
juif de la chute de Jérusalem et du début des malheurs du peuple en
Diaspora. Alors que, comme je voudrais vous le rappeler, amis lecteurs,
celui-ci est aussi vieux que le D.ieu d'Israël lui même.
En effet, ne pensez-vous pas qu'il faut avoir un "sacré" (c'est le
cas de le dire) sens de l'humour pour choisir un bègue comme porte
parole officiel?
Et que dire de l'idée originale d'imposer à
Abraham et Sarah d'appeler leur fils, futur et respectable patriarche,
"il rira"? Que diraient les italiens si leur premier ministre
s'appelait "rigolo" (au lieu de simplement se contenter de l'être) ?
Tout cela parce que les parents, âgés respectivement de 99 et de 89 ans,
réagirent à l'annonce de la prochaine grossesse par une hilarité bien
compréhensive….
Le rire d'Abraham et de Sarah est d'ailleurs le premier rire
consigné dans nos livres sacrés. Et c'est tant mieux. Il provient
finalement de l'angoisse d'un couple dont la femme se sait stérile et à
qui la nouvelle parait inconcevable: "comment pourrais-je avoir un
enfant à mon âge!", a dit Sarah une fois son fou rire calmé !
Provenant d'une détresse humainement bien compréhensible et
respectant le principe de l'autodérision, voici que ce premier rire
biblique porte déjà en lui les deux éléments qui donneront à l'humour
juif toute sa saveur et tout son succès. Je n'aurais pas aimé qu'il
fusse dû au spectacle navrant de Ramsès II glissant sur une peau de
banane, par exemple.
En y réfléchissant, cette dernière éventualité était d'ailleurs tout à fait exclue.
En effet, j'ai toujours pensé que cette fameuse autodérision si
typiquement juive ne découlait pas d’une propension au masochisme mais
bien plutôt d’une injonction divine reprise et élargie par nos rabbins à
ne pas rire de l’autre en public. « Faire blêmir de honte son prochain
en public équivaut à verser son sang » souligne en effet le traité
talmudique de Baba Metsia.
Et si on ne peut pas rire de l'autre, de qui voulez-vous donc qu'on
se moque? De soi même, de son destin et de ses problèmes existentielles
comme lorsque le blond d'à côté réussit à manger son sandwich sans faire
sortir la mayonnaise. Force nous est de conclure que les spectacles de
Gad Elmaleh et autres s'inscrivent bien dans la noble tradition de
l'humour juif qui va d'Abraham à l'époque messianique où, si l'on en
croit le psalmiste, "notre bouche débordera de rire" (Ps 126).
A propos du Messie, connaissez-vous celle de Jacob le chômeur qui demande au rabbin de lui trouver un travail à tout prix.
- Le Rabbin : "Je ne vois qu'une possibilité: garde la porte du ghetto
en attendant le Messie. Ainsi dès qu'il arrivera, tu préviendras tout le
monde."
- Le chômeur "Mais Rabbi, ce n'est pas comme ca que je vais gagner de l'argent !"
- Le Rabbin : "Non, Jacob, mais en tout cas, c'est un boulot stable !"
Voir aussi le dossier spécial Humour Juif
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