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Lévinas à votre portée Félix Perez avec Georges Hansel Commençons cette série avec 2 sujets essentiels chez Lévinas dont nous montrons le lien :
- Autrui, le Visage et la Responsabilité
- Les Droits de l'Homme
En italiques, les commentaires des textes de Levinas, eux mêmes adaptés extraits de : "Hors sujet", Ed. Fata Morgana ; "De l’Un à l’Autre - Entre nous", Ed.Grasset ; "Du Sacré au Saint - 5 Lectures Talmudiques", Ed de Minuit.
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1. Autrui, le Visage et la Responsabilité
Autrui et le Visage
La
proximité de l’autre est signifiance du visage, nu et sans-défense, la
vulnérabilité même. Mortel avant tout savoir sur la mort. Pour Lévinas, Autrui est «visage», pas un visage en tant que pouvant se
fixer dans la mémoire, mais une présence. «Visage» qui est
à la fois demande, commandement,
enseignement. Dès lors, le «visage» exige réponse aide,
sollicitude : il oblige ! C'est la Responsabilité à l'égard d'autrui.
Le Visage me rend Responsable
Cet
en-face du visage me réclame : la mort de l’autre homme me met en cause
comme si je devenais, de par mon indifférence, le complice ; et comme
si j’avais à répondre de cette mort de l’autre, et à ne pas laisser
autrui seul à sa solitude mortelle.
C’est précisément dans ma
responsabilité devant ce visage qui me réclame, dans cette mise
en question que cet autrui est prochain.
Par
éthique, Levinas entend la responsabilité pour autrui à
laquelle le moi ne peut échapper et que personne ne peut remplacer. La
survenue d'autrui arrache le moi à sa condition pour le placer en
infiniment obligé (notion générale mais dont des exemples sont connus :
priorité aux parents, préoccupation pour
le démuni ou l'étranger, priorité au féminin, «après vous» de la
politesse,…).
Ma Responsabilité est illimitée
- L’altérité
d’autrui est la base même du «tu ne commettras pas de vol/ de meurtre»
et, en moi, crainte pour tout ce que mon exister, risque de commettre
de violence ou d’occuper la place d’un autre et ainsi, concrètement, de
l’exiler, ou pire, de le tuer.
- Ainsi se dégagerait, dans cette
crainte pour l’autre homme, une responsabilité illimitée, dont on n’est
jamais quitte, même si elle se limite à répondre, dans un impuissant
affrontement avec la mort d’autrui «me voici» (à la manière d'Abraham répondant à D).
Chez Levinas, la relation à autrui est fondamentalement dissymétrique : ni rencontre sur un pied d'égalité, ni
amitié à base de réciprocité, ni résultat d'un contrat et même pas
librement choisie !
Responsabilité qui définit l'Humain
- Responsabilité
qui garde le secret de la socialité, dont la gratuité totale s’appelle
amour du prochain, sans concupiscence, mais aussi irréfragable que la
mort.
- Socialité à ne pas confondre avec une quelconque privation
dans l’unité de l’Un.
- Du fond de la naturelle persévérance dans mon
être de mon identité originelle, mais contre cette persévérance et,
contre cette identité– se lève, éveillée en face du visage d’autrui,
une responsabilité pour autrui à qui j’ai donc été voué avant tout vœu,
avant d’être présent à moi-même ou de revenir à soi.
Véritable humanité de l'homme : sa subjectivité ne se définit plus
comme sa persévérance dans l'être, mais au contraire comme sa sujétion
à autrui.
Pour Arbitrer parmi tous les autruis :
Mais se présentent tous les autruis en même temps! Si
je donne tout au premier, je lèse les suivants : il me
faut comparer, «juger». C'est sur la Loi, que je vais m'appuyer pour fixer une limite à la générosité envers autrui, et protéger les
autres autruis. La Loi, loin de se réduire à limiter
les appétits de l'homme (loup pour l'homme), gagne ainsi une dimension de "justice", au sens non répressif de "juste punition" mais au sens social de "juste contribution".
Et
pour prioriser, s'imposent le droit et les institutions ; et pour
nourrir, les sciences et la technique. Voilà ainsi la société des
hommes au cœur des priorités : rien n'est plus
étranger à Levinas qu'une certaine écologie, qui magnifie la nature au
prix d’un dénigrement de la science ou de la technique. L'éthique
(de la Bible) doit se prolonger par la science, par l'institution, par
la
politique (de la Grèce) : «l'Europe, c'est la Bible et les Grecs».
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2. Les Droits de l'Homme
Le Droit des Droits
Cette Institution peut oublier sa
justification, écraser l'humain dans une totalité impersonnelle.
L'institution doit dès lors pouvoir être critiquée, sans cesse améliorée : en dernier
ressort, la morale doit contrôler l'Etat, ainsi qu'un Droit au dessus du Droit, "les Droits de l'Homme". Les
«Droits de l’Homme», sont des
droits plus légitimes que toute législation; irrévocables et
inaliénables, ils expriment de chaque homme
l’altérité. Assomption de la liberté qui n’a été rendu possible que par
une époque et par une civilisation où science et technique assurent les
conditions préalables à leur respect (le pain pour tous). Evénement de notre Occident des Lumières, même si les impératifs bibliques : «Tu
ne tueras point» et «Tu aimeras l’étranger» attendaient ces "Droits de l'Homme", depuis
des millénaires.
Pour Arbitrer parmi tous les Droits
L’homme gagne le droit à une place exceptionnelle, extérieure au déterminisme des phénomènes, prémunie contre les lois
naturelles, garantie par des Lois. Ce qui implique l’exercice effectif de ces droits ; droit à
la vie et à la sécurité, à l’égalité, à la liberté de pensée, à
l’éducation, à la santé, au travail et au repos, droits syndicaux,
au progrès social, ainsi que le droit
d’assurer les conditions politiques de ses luttes. Il est alors nécessaire de se demander - quelles sont l’urgence et la hiérarchie de ces droits divers - et, s’ils ne compromettent pas les droits fondamentaux quand on exige tout inconsidérément. La
liberté de chacun, l’unicité de la personne— ne courent-ils pas le
risque d’être démentis par les droits de l’autre homme ? Une liberté
n’est-elle pas pour l’autre volonté, sa négation possible et une
limitation ? Limité ainsi par la justice, la paix qu’il instaure entre
les hommes, ne reste-telle pas toujours précaire ?
D'abord les «Droits de l’Autre Homme»
- Il s’avère ainsi nécessaire de ne plus comprendre les Droits de l’Homme
exclusivement à partir d’une liberté, nécessaire négation d’une autre
liberté.
- Ma liberté et mes droits, avant de se montrer dans ma
contestation de la
liberté et des droits de l’autre homme, se montreront précisément en
guise de responsabilité, dans la fraternité humaine qui confère alors
aux "Droits de l’Homme", compris comme «Droits de l’Autre Homme» et
comme devoir pour moi, une stabilité meilleure que celle que garantit
l’Etat.
- Ce devoir à l’égard d’autrui qui interpelle ma responsabilité, devient
investiture de ma propre liberté ; responsabilité irrécusable pour
laquelle je retrouve mon élection comme individu unique.
- L’humanité de
l’homme éclate ainsi, imposant l’exercice d’une liberté
où le moi se dégage de son égoïsme pour répondre d’autrui. L’un et
l’autre, c’est l’un en face de l’autre qui est visage qui me regarde en
«me concernant comme quelqu’un dont j’ai à répondre».
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