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 Emeric Deutsch (z.ts.l.) : Hommages et Idées

                            Sommaire
                            1. HOMMAGE à EMERIC DEUTSCH
                                   et Textes de EMERIC DEUTSCH :
                            2. LA SHOA.  
                            3. Judaïsme sans Torah ni Talmud ?

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1. HOMMAGE à EMERIC DEUTSCH
(Talmudiste, Psychanalyste, ancien DG de la SOFRES).

Adapté par Yerouchalmi de Shraga Blum
          A l’image des Sages du Talmud ou des rabbins-savants du Moyen-âge, Emeric Deutsch (z.ts.l.) fut à la fois un géant en Torah, et un «Maskil», de par ses grandes connaissances profanes, selon les termes du Rabbin Gottlieb, lors de son oraison funèbre à Jérusalem, en présence d'une immense foule. Ce "guide, dirigeant communautaire, juste, rigoureux, bon mari et bon père, instruit, persévérant, honnête, aimable, pédagogue, bâtisseur…" aura marqué son époque, et été aimé de tous.
          Son fils aîné, donna de nombreux exemples de sa vie, dont le plus émouvant relatant comment, avec un groupe d’amis il fut sauvé de la mort : captif à 15 ans, le jour de Ticha Beav il alla demander à l’officier nazi le droit de jeûner. Celui-ci accepta, à condition «que leur productivité reste intacte». Ses amis et lui, produisant alors plus que d’ordinaire, se firent remarquer et transférer dans une usine où ils échappèrent au sort fatal des autres juifs !
Le souvenir de la Shoah (cf son beau texte ci-dessous) restera un aspect inséparable de son action communautaire ou universitaire.
          Après la guerre il développa une carrière universitaire et de management, tout en participant à la reconstruction de la Communauté, dont «Montevidéo» dans le 16è de Paris. Sa vie  fut une harmonie exemplaire entre une carrière brillante – psychanalyse et psychologie sociale – un vécu religieux profond, une rigueur rituelle, l’étude et l’enseignement de la Thora, et, last but not least, une vie familiale riche et chaleureuse, avec son épouse et ses trois enfants.  (NDLR : nombreux, comme le Grand Rabbin Korsia, lui vouent un attachement vraiment filial pour son apport décisif à leur éducation).
          Il eut le mérite et la joie de  réaliser son plus grand rêve : monter en Israël, à Jérusalem, et y voir ses enfants revêtir l’uniforme de Tsahal, superbe et douce vengeance pour lui qui avait traversé les années sombres avec des Juifs sans défense. Et il pouvait enfin diffuser son enseignement de la Thora depuis la plus haute cime : Jérusalem.
          Emeric Deutsch z.ts.l. aura sans conteste été l’une des figures les plus marquantes du Judaïsme français. Sa manière d’être homme et Juif auront été une Sanctification du Nom Divin, au sein de son peuple et parmi les non-juifs envers lesquels il propageait les insights de la Thora sur les problèmes les plus actuels.
          Emeric Deutsch, un « Mensch », qui laissera un grand vide !

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2. LA SHOA. Texte de EMERIC DEUTSCH. 
Adapté par Yerouchalmi de Roland Süssmann
          La Hongrie se démarque de ses voisins immédiats notamment par sa langue si particulière (finno-ougrienne). Les Juifs y ont toujours fait preuve d’une fierté nationale.
Emeric Deutsch, né en Hongrie et survivant de la Shoa, narre sur fond historique, son expérience personnelle. Très jeune, il s'enfuit du travail forcé de l’armée hongroise pour s'engager dans la résistance juive et est arrêté et torturé.
Le Contexte Hongrois
          "Le premier aspect unique de la Shoa en Hongrie réside dans le fait qu'elle n'y a été possible qu'à la fin de la guerre. Parmi les pays d’Europe de l’Est et Centrale, ce sont les Juifs hongrois qui avaient le plus de droits depuis l’émancipation de 1867. La Hongrie a alors connu une immigration juive d’Allemagne, de Bohême et de Galicie (eux parlant yiddish). Les juifs, surtout dans la classe moyenne, avaient mis à profit leurs nouvelles libertés pour développer l’industrie, la vie artistique ou culturelle, avec une importance bien plus grande qu’en Allemagne : à Budapest avant la Guerre, tous les théâtres, hormis le National, étaient dirigés par des Juifs ; les grands éditeurs, metteurs en scène,... étaient juifs. Il est important de comprendre à quel point l’économie et la culture y étaient influencées par les Juifs !
          En 1918, la révolution communiste dirigée par Béla Kun a permis à de nombreux Juifs d'atteindre les échelons administratifs les plus élevés, dont les places de 'commissaires la terreur' qui les faisaient  détester. D'où un antisémitisme ponctuel lors de la contre-révolution de 1920, associé à l'antisémitisme dominant de l'Eglise Hongroise, avec numerus clausus dans les universités, progressivement assoupli dans certaines branches.
          Leur présence est très active : 60% des avocats et médecins de Budapest, des députés, des sénateurs et un ministre étaient juifs. 25% de Budapest (250.000 personnes) était juifs, comme dans bien d'autres villes clés. Malgré une scission entre 'néologues' (style 'massorti'), 'status quo' (style traditionnalistes) et 'orthodoxes', la vie juive était très riche : nombreuses synagogues, écoles juives et yechivoth. 
          Curieusement, le sionisme a peu pris pied en Hongrie : à Herzl, né à Budapest, les dirigeants communautaires se justifiaient en insistant sur le côté agréable et structuré de la vie juive locale. Herzl leur répondit en quasi prophète:
«L’antisémitisme vous touchera bien plus tard, mais sera d’autant plus dur pour vous».
La Guerre et la Shoa
          Durant l'occupation Nazie, les Juifs Hongrois ont été protégés par Horthy, mais en 41, il accepte de faire déporter 20000 apatrides, massacrés en Hongrie par des Hongrois et des Allemands.  Progressivement et jusqu'à la mi-41, la société juive devient exclue de la vie politique, économique, culturelle. Envoyés dans les «brigades de travail», 40000 d'entre eux ont, en Ukraine, été massacrés par les Ukrainiens. Cependant, le Gouvernement hongrois a refusé fermement de déporter les Juifs Hongrois, jusqu’au contrôle complet Allemand en 44.
          La résistance juive était animée par de jeunes sionistes courageux et intelligents, dont le seul but était de sauver un maximum de Juifs. Le vice-consul de Suisse, Carl Lutz (l'un des premiers «Juste parmi les Nations»), a sauvé 60000 Juifs hongrois avec des certificats de protection et, avec Wallenberg et les légations d’Espagne et du Portugal, plus de cent mille personnes ont ainsi été sauvées.
          A quelques semaines de la fin de la guerre (!!), à partir du 15 avril, les Juifs de province étaient parqués dans des ghettos puis déportés. J’ai assisté à une déportation le 12 juin 44, nous avons été amenés par des gendarmes hongrois et deux SS dans un train. Le commandement hongrois a sauvé «les travailleurs de l’armée» comme mon frère et moi avec 250 Juifs. Mais j’ai vu s’en aller à la mort enfants et vieillards. Quel malheur, à quelques jours de l'arrivée des russes, 450000 juifs hongrois ont été massacrés grâce à une obstination sans égal d'Eichmann, des Nazis et collaborateurs Hongrois  locaux !
Plus jamais ça !
          La lutte contre l’antisémitisme est constituée de trois phases en parallèle: enseignement du processus – renforcement de notre identité – et réaction vigoureuse, forte et déterminée au moindre incident :
Pour qu’un enseignement sur la Shoa soit utile, il faut en expliquer le processus :
   - La moindre insulte, type «sale youpin» constitue le 1er pas vers Auschwitz.
   - La seconde phase est plus difficile, car la Shoa est spécifique et nous sommes un peuple spécifique, alors que la majorité d'entre nous souhaite être «comme tout le monde».
Un effort particulier doit donc être fait au niveau éducatif pour convaincre les Juifs du caractère particulier de leur altérité. L’une des sources de l’antisémitisme réside dans l’élection du peuple juif et de ce fait il ne pourra pas être complètement supprimé. De plus, la réussite extraordinaire d’Israël, provoque une grande jalousie, ce qui constitue l’un des éléments de l’antisémitisme lié à l’anti-israélisme.
   - Pour combattre vraiment l'antisémitisme, il faut aller jusqu'à la dénonciation juridique de la moindre insulte.
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3. Judaïsme sans Torah ni Talmud ?
de EMERIC DEUTSCH
       Adaptation Yerouchalmi
       II est aussi absurde de définir le juif comme membre d'une Nation que de le réduire à une confession ou à un judaïsme culturel ou laïque. Phénomène hors norme, le juif est devenir en fusion avec la Torah, en devenir elle même. Sans juif pas de Torah ; sans Torah pas de juif!
       Le peuple juif se définit : a) dans le temps, par son origine, son histoire, son destin;
b) dans l'espace, par le lien fondamental et indissoluble qui l'attache à Israël.
C'est avec la Torah qui les transcende, que ces dimensions acquièrent leur contenu !

       Pour dégager la signification de la Torah, nous allons d'abord étudier l'étymologie de ce mot, puis en examiner le contenu et notamment, la place qu'y occupe le Talmud.
Significations véhiculées par le mot TORAH
       Le juif n'entre dans aucune catégorie classique pré-établie. Il est un phénomène qui échappe à la classification, car il est un devenir en fusion avec un autre devenir : la Torah.
"Notre peuple existe par l'unique vertu de la Torah". Cette phrase a été écrite, il y a plus de 1000 ans, par le grand Sage juif de son époque Saadia Gaon (930) et il ne s'agit pas là d'une formule creuse, mais d'une définition précise.
       En hébreu, TORAH procède de 'yaRAH' (projeter, tirer, lancer) signifie dans un second sens (enseigner, indiquer). TORAH est aussi le composé de 'TOR' et de la lettre 'Hé'.
  - 'TOR' comporte des significations multiples: temps (âge, époque), espace (forme, aspect),
lieu de rencontre espace-temps (rangée, ordre, échéance  d'un événement). Cette rencontre spatio-temporelle nous renvoie au 1er sens (projeter, tirer, lancer), la Torah serait ainsi projet, devenir. Voilà un 1er isomorphisme entre TORAH et ISRAEL en devenir spatio-temporel!
  - 'TOR' dénote aussi 2 objets et leurs symboles contradictoires associés.:A) La tourterelle (paix, fidélité, absence d'attaches); B) Le collier (attachement, ornement, ostentation).
Comme dans ce verset du Cantique des Cantiques: "La voix de la tourterelle s'entend dans notre pays" que le Zohar identifie comme nous: "Cette voix, c'est la Torah orale ".
  - La lettre 'Hé' renvoie souvent à la transcendance divine. "Telles sont les origines du ciel et de la terre, lorsqu'ils furent créés" -BéHibaréham-, mot écrit dans la Torah avec un petit 'Hé' comme pour signaler, selon le Talmud, que c'est en fait avec cette même lettre 'Hé' que le monde aurait été créé, Hé rajouté justement à Abram pour en faire AbraHam et ainsi changer sa destinée en père des monothéismes.
La Torah, voix vivante
       La simple sémantique de Torah nous éclaire-t-elle sur ses objectifs. Elle est une VOIX vivante qui dépasse tant son écriture que ses significations (naissance d'un peuple, recueil de rites ou de lois). Bien plus qu'une suite de mots sous forme achevée, qu'un discours fixé une fois pour toutes sur parchemin, elle est parole vivante qui jaillit en permanence. Elle se situe donc bien à la fois dans le temps et dans l'espace comme l'indiquait 'yaRAH', l'autre source du mot.
Pas de Loi écrite sans Loi orale
       D. a donné au Sinaï un ensemble indissoluble appelé génériquement TORAH :
le Décalogue, la Loi écrite (Bible) et la Loi orale (Michna et Talmud). Nos Sages le déduisent du verset biblique  "Je te donnerai les Tables de pierre (Décalogue), la Loi (Bible) et le Commandement (Michna) que j'ai écrits, pour les leur enseigner (Talmud) ".
Loi juive, Loi de vie
       Les liens intimes entre Loi écrite et Loi orale garantissent une parole, vivante et non figée, notamment grâce à l'approfondissement du Talmud toujours réanalysé. En guise d'exemple de cette vivacité des concepts, Rabbi dans le Talmud, ayant osé adapter une loi de consommation, répond à ses collègues choqués : "si Ezéchias a osé, pour éloigner une menace, broyer le serpent d'airain (pourtant érigé en son temps par Moïse, mais devenu source d'idolâtrie) et donc utiliser ce que D. nous avait laissé, a fortiori pouvons nous également le faire". Peut-on montrer avec plus d'éloquence la liberté qui est laissée à l'homme par rapport à la Loi? Peut-on dire plus clairement qu'elle est un projet, une volonté, à accomplir par l'homme?
Israël implique et Thora et Talmud
        La Loi se dit en hébreu haLaKHa). Ce mot se compose de 'LeKH' et de la lettre 'Hé'
   - 'LeKH', marcher, est la marche vers l'accomplissement, non l'exégèse de textes jaunis.
   -  La lettre 'Hé' indique la direction de cette marche vers la transcendance du 'Hé' divin.
        Ceci nous amène à l'isomorphisme et à la relation fusionnelle entre Israël et Torah.
Les deux se définissent par la rencontre de l'espace et du temps dans la Transcendance.
       Les deux constituent un devenir et un projet qui s'accomplissent en interaction: la Torah par le juif, le juif par la Torah. Ils se déchiffrent l'un par l'autre.
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