par le Dr Bruno Halioua - Adaptation Yerouchalmi
Céline antisémite extrême : pourquoi ?
Nous venons d'assister à une véritable polémique au moment du retrait de
Céline de la liste annuelle des célébrations nationales où il venait
d'être scandaleusement inscrit.
- Rappelons que l'écrivain médecin Céline a répandu un antisémitisme
obsessionnel et extrême dans tous ses écrits.
- Au delà de cela, il a surtout dénoncé
des juifs aux Nazis pendant la Shoa, rejoignant même ces derniers en
Allemagne dans leur ultime fuite après avoir collaboré avec eux durant l'occupation.
Sans nul doute, eût-il été jugé comme
son confrère écrivain journaliste Brasillach au lendemain de la Libération, il eût été tout
comme lui fusillé pour des raisons bien plus graves et évidentes !
Le Dr Halioua, historien des sujets 'Judaïsme et médecine', s'est livré à
une recherche inédite sur les origines de l'antismtisme extrême du Dr
Céline. Comment un médecin a pu devenir progressivement antisémite.
« Doit-on, peut-on célébrer Céline ?... Les objections sont évidentes. Il a été l'homme d'un antisémitisme virulent, qui était d'une extrême violence verbale… » s’est alors justement demandé le Pr Godard, éditeur de Céline dans «La Pléiade». Saine interrogation à laquelle le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand a répondu par la négative.
Mon attention a été retenue par une phrase du Président du CRIF «Pour étudier Céline et savoir comment un grand écrivain peut être un salaud». J’ai suivi son conseil et me suis plongé dans les biographies du Dr Destouches alias Céline afin de mieux comprendre comment un médecin et écrivain a pu devenir progressivement antisémite.
On nous répète que le point de départ a été l’antisémitisme de sa famille où son père désignait les juifs comme seuls responsables de sa faillite. Mais en me plongeant dans sa biographie, je me suis aperçu que
son parcours professionnel a été jalonné de rencontres avec des médecins juifs dont certains ont été ses supérieurs hiérarchiques. Est ce là qu’il faut rechercher les racines de son antisémitisme virulent ?
D'André Lwoff Nobel de Médecine à L. Rajchman fondateur de l’UNICEF- Le 1er médecin juif que Céline a côtoyé, André Lwoff, dans la recherche scientifique à Roscoff. Le futur Nobel de Médecine en 1965 a dit de Céline : «Nul ne regrettera qu'il ait sacrifié le métier de chercheur à celui d'écrivain ...». On peut imaginer que leurs rapports n’ont pas été excellents.
- Le second médecin qui a marqué sa vie est Ludwig Rajchman, Juif polonais, directeur de l'Organisation d'hygiène de la SDN et qui a soutenu sa candidature à la SDN, qui l’a employé et reçu
de nombreuses fois à son domicile au cours de ses 3 ans à Genève.
Rajchman a continué à l’aider
en lui confiant des missions pour la SDN. Céline n’a eu aucune
reconnaissance envers lui et l’a décrit sous le nom de "Yudenzweck" ou "Yubelblat" dans "Bagatelles pour un massacre". Rajchman qui a créé l’UNICEF a rompu tous les contacts après 33 quand il a pris connaissance de ses écrits. Faut-t-il voir dans la difficulté à
accepter d’être redevable à Rajchman un élément expliquant
l’antisémitisme de Céline. Peut être ?
L’échec de son installation en médecine libérale Céline a ensuite ouvert un 1er cabinet à Clichy en 27 qu'il a dû rapidement fermer, faute de clientèle : « Depuis que j'ai ouvert mon cabinet, c'est la déche ! Pas de clientèle... Rien à foutre de la journée ... Faudra le temps de démarrer qu'on m'a dit (...) Faut il que je sois con de l'avoir cru ».
Réinstallé à nouveau à Clichy inaugurant la légende mille fois ressassé de « Céline médecin des pauvres » voyant à longueur de journées défiler des pauvres gens. En vérité, c’est une légende construite car Céline entretenait avec l’argent un
rapport quasi obsessionnel lié à sa crainte de la misère.
Le manque de clientèle l'a obligé à fermer son cabinet début 29.
J’ai consulté le guide Rosenwald et non sans surprise on s’aperçoit qu’il s’était installé dans une
ville qui comptait de nombreux médecins juifs. Faut-t-il voir dans cet échec un élément expliquant en partie l’antisémitisme de Céline. Peut être ? Encore des médecins et toujours des médecins juifs Le Dr Destouches/ Céline a ainsi dû multiplier les activités annexes pour trouver d'autres

revenus
- Encore une fois, Céline a dû travailler dans un service (pneumologie de l’hôpital Laennec) dirigé par 2 Juifs, les Pr Léon Bernard & Robert Debré. Debré a relaté que l’écrivain « donnait l'impression d'être triste et malheureux ».
- En 28, il a posé sa candidature à la Société de Médecine de Paris. Le rapporteur (un autre juif le Dr Georges Rosenthal !), a demandé à ses collègues de faire un « bon accueil à la candidature du Dr Destouches, en raison de ses titres militaires et civils ».
Faut-t-il voir dans la
succession de ses contacts avec des médecins
juifs à un moment difficile de sa carrière un élément expliquant en
partie l’antisémitisme de Céline ? Peut être. Un médecin juif préféré à lui En 29, Céline a trouvé un emploi dans un dispensaire rue Fanny à Clichy grâce à l’appui de Rajchman & Bernard. Contrairement à ce qu’il espérait, c'est le Dr Grégoire Ichok (encore un juif !) qui est nommé Médecin Chef. Il n’a jamais digéré qu'on ait préféré nommer ce Juif à sa place et non français de surcroît.
D’emblée la haine s’est installé entre eux. Céline en faisait son abcès de fixation jusqu'à faire courir le bruit qu’il avait usurpé son titre de docteur ou le décrivant en termes injurieux : «Au dispensaire sur lequel je m'étais rabattu, je vis arriver un certain Idouc (sic), lithuanien (...) imposé par les dirigeants communistes (...) La direction du dispensaire, confiée à ce médecin probablement faux, n'étant sans doute qu'un camouflage ».
Encore d'autres médecins juifs La plupart des autres médecins du dispensaire étaient juifs. 2 d’entre eux Medioni et Gozlan avaient des relations d’amitié avec l’écrivain. L’atmosphère s'est encore dégradée après « Bagatelles pour un massacre » qui regorgeait de propos antisémites. Fin 1937, Céline démissionne «Je me démis aussi de mes fonctions au dispensaire à cause d'Idouc, et parce que mes confrères me battaient froid, comme " médecin-littérateur "»
Parallèlement, il a travaillé comme
conseiller dans le laboratoire fondé par le
pharmacien Weisbram & dirigé par Abraham Alpérine tous 2, juifs.
Faut-t-il voir dans
les rapports conflictuels qu’il a eu avec Grégoire Ichok un élément
expliquant en partie l’antisémitisme de Céline ? Surement.
Louis-Ferdinand Céline délateur La mise en place des législations contre les médecins étrangers a suscité de la satisfaction chez Céline qui n’a pas hésité à écrire aux autorités « La [sic] poste de Médecin du dispensaire municipal de Bezons est occupé par un médecin étranger juif non naturalisé. En vertu des récents décrets ce médecin doit être licencié. Le Dr Destouches présente sa candidature à ce poste et il est pleinement qualifié pour ce poste. » (Coll. Pécastaing, inédit.)
On l’a donc bien compris, les racines de l’antisémitisme de Céline s’ancrent dans le ressentiment qu’il a nourri en fréquentant des médecins juifs.