AU SOMMAIRE :
1. La "Peinture Israélienne", 1920-2005
2. Existe-t-il un "Art Juif" ?
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1. La Peinture Israélienne, 1920 - 2005
Ministère des Affaires etrangères d'Israël, adaptation par Yerouchalmi
Au tout début des années vingt ,
Schmuel Hirschenbergremonte la
première exposition significative de peintures juives en Israël, dans la Citadelle de David à Jérusalem. Les premiers peintres "israéliens"* ont esquissé, sous l'impulsion de l'Institut Bezalel un «art israélien original» qui se caractérisait par la conjonction simultanée de 5 axes :
- une inspiration venue de leur patrie Europe (ou celle de leurs parents) avec des images inspirées des communautés d'Europe orientale
- des influences orientales de leur nouvelle patrie israélienne, notamment avec l'expression de la vie des Bédouins locaux
- l'expression dans leur art dans des scènes bibliques
- simultanément avec des romantiques descriptions du passé
- cela, tout en osant d'utopiques visions de l'avenir.
*Parmi ces premiers peintres, on peut citer : Schmuel Hirschenberg (1865-1908), Efraïm Lilien (1874-1925) et Abel Pan (1883-1963).
Au
milieu des années vingt,
Reouven Rubince style anachronique par la pluralité de ses sources a vite été contesté par des peintres rebelles*, à la recherche d'un authentique "art hébreu". Cet art se distinguerait de "l'art juif" par un courant d'inspiration neuf et authentique, éloigné de leurs multiples origines. Cette recherche d'identité culturelle s'est exprimée
- avec des techniques basiques de peinture
- se contentant d'exprimer une vision simple du pays : le quotidien de leur environnement local avec sa luminosité, les couleurs chaudes de ses paysages, et la simplicité de la vie de leurs voisins.
Ces artistes ont choisi volontairement de faire de la jeune Tel-Aviv (qui n'a pas encore 20 ans !) le coeur de l'activité artistique d'Israël.
*On peut mentionner Israel Paldi, Tsiona Tagger, Pin'has Litvinovski, Na'hum Gutmann et Reouven Rubin.
Les années trente
Moche Castelsont marquées par l'influence de l'expressionnisme parisien* avec la conjonction :
- d'un réalisme rempli d'émotion,
- d'une certaine dimension mystique,
- d'une réduction des aspects narratifs (images et paysages locaux),
- de la quasi-disparition de la dimension orientalo-musulmane.
*Avec des artistes comme Moche Castel, Menahem Chemi, Arié Aroch
Au milieu des années trente,
Mordechaï Ardonc'est l'expressionnisme allemand qui envahit la scène, avec l'arrivée des nombreux artistes juifs allemands fuyant le nazisme*. Se développe alors une peinture intellectualisée avec des interprétations subjectivées des paysages de Jérusalem et de ses collines.
Leur importante influence sur l'art d'une nouvelle génération d'artistes est renforcée par l'Institut Bezalel, sous l'impulsion de ses directeurs Mordechaï Ardon et
Jacob Steinhardt.
*Aux
côtés de peintres d'origine allemande déjà présents depuis 20 ans à Jérusalem, comme Anna Ticho et Léopold
Krakauer, on trouve les tout récents immigrés allemands Herman Struk, Mordechaï Ardon et
Jacob Steinhardt.
La Guerre et le traumatisme de la Shoa
Isaac Danzigeront sans doute conduit les artistes israéliens* à une véritable rupture avec l'influence que Paris avait eu sur l'Art des années 20/30. Cela, au profit d'un surcroît d'identification à des influences authentiquement locales et israéliennes : la nouvelle revendication «cananéenne» ou d'un «nouveau peuple hébreu» fait son apparition, avec notamment l'apparition nouvelle d'antiques mythes et motifs païens orientaux.
*Dont Moche Castel, Isaac Danziger et Aaron Kahanna.

Les années cinquante
Marcel Janco Avraham Ofeksont marquées par plusieurs influences* :
- La guerre de 1948 (consécutive à l'hostilité arabe face à la naissance de l'Etat d'Israël) et les difficultés terribles qu'elle engendre, vont renforcer les aspects sociaux et militants de l'Art israélien (Naftali Bezem et Avraham Ofek).
- Par ailleurs, le souci de voir le tout jeune Etat d'Israël rattaché à l'Europe plutôt qu'au monde arabe environnant va inciter les jeunes peintres du pays à vouloir introduire Israël dans le cercle de l'art contemporain européen en libérant sa peinture de ses caractères régionaux.
*Parmi ces peintres, le courant «Horizons Nouveaux» ayant initié un véritable art abstrait
en Israël, qui dominera son paysage artistique jusqu'au début des années
1960, avec ses deux tendances :
- Yossef Zaritski, leader du groupe, avec Avigdor Steimatski et Ye'hezkiel Streichman expriment leur lyrisme caractérisé par le recours à des fragments de paysages locaux et à des couleurs froides.
- Celle du roumain d'origine Marcel Janco (un des fondateurs du dadaïsme), et de ses disciples, recourant à une abstraction stylisée : formalistes au géométrisme souvent fondé sur des symboles.
Les années soixante
Leah Nikelsont marquées par l'arrivée d'individualités* fortes sous l'influence de l'ancien courant «Horizons Nouveaux» avec Steimatski et Streichman, enseignants à l'Institut Avni de Tel-Aviv.
*Les peintres Rafi Lavi, Aviva Uri, Ouri Lifchitz et Leah Nikel, en quête d'imagerie personnelle, délaissent l'abstraction lyrique au bénéfice de styles figuratifs et abstraits et de multiples formes d'expressions de sources étrangères.
A la fin des années soixante,
Isaac Mambuschles peintres du “Groupe des 10”*, à
la différence de l'aura élitiste du courant «Horizons Nouveaux», se préoccupent peu d'un rattachement à l'Europe, mais s'identifient surtout aux Sabras et aux combats du Palmach.
Ce “Groupe des 10” va dès lors délaisser les anciennes tendances universalistes des années 50, au profit d'une peinture centrée sur Israël, ses paysages et ses habitants. l
*Dont Ouri Reismann et Isaac Mambusch.
L'art des années soixante dix
AGAMest marqué par un caractère minimaliste et par quelques individualités sans qu'un style particulier domine.
- L'œuvre d'Avigdor Arikha crée un univers de formes d'une intense
spiritualité avec un retour aux thèmes figuratifs de la
Shoa et aux motifs juifs traditionnels. On note l'influence d'Ardon en matière de motifs et de techniques
- Influence que l'on trouve chez des surréalistes comme Yossel Bergner et Samuel Bak.
- L'internationalement célèbre Agam, au style radicalement
différent, sera connu comme pionnier de l'art cinétique et optique dans
le monde.
- A l'opposé, c'est l'exposition des idées plus que l'esthétique, qui dominera les œuvres d'Abramson et Moche Guerchouni.
Les années 80 et 90, sont aussi caractérisées par l'expérimentation
individuelle, cette fois, à la recherche d'un contenu et d'une
spiritualité israélienne. Les peintres recourent ainsi
- à
des images fondées sur des éléments locaux comme l'alphabet hébraïque
- ou universels comme les sentiments humains de
peur et de tension.
- à l'intégration d'une grande variété de matériaux et techniques.
Les années 2000
David Re'ebsont marquées par des courants* étendant la définition de l'art israélien au-delà de ses
concepts initiaux et de ses matériaux traditionnels, pour dépasser la seule expression
d'une culture autochtone et l'identification à la seule composante de l'art
occidental contemporain.
*On
citera notamment les œuvres de Pin'has Cohen-Gan, Deganit Berecht, Gabi
Klaszmer, Tsibi Gue'va, Tsvi Goldstein, David Re'eb...
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2. Existe-t-il un Art Juif ?
L'Art Juif serait-il caractérisé par les oeuvres...
... d'un peintre juif comme Pissaro ... d'un peintre non juif comme Rembrandt
mais aux thèmes non juifs ? mais sur des thèmes juifs?
... d'un juif comme Chagall ... d'un peintre juif comme Rubin ... ou de peintres juifs peignant des thèmes juifs ? mais peignant en Israël ? à thèmes religieux?
Comment
peut-on concevoir un art juif quand le deuxième des 10 commandements
interdit la représentation. Le 1er artiste est pourtant désigné par
D.ieu à Moïse : Betsalel, l’architecte et le sculpteur du Tabernacle,
le tailleur des vêtements pastoraux. Ainsi, la Thora oriente-t-elle
vers la possibilité d’un art cérémonial juif qui se développera par la
suite, et tout au long de l’histoire juive, sans interruption
(décoration et ameublement des synagogues, objets du culte domestique,
enluminures d’ouvrages religieux… ).
Le développement
artistique en dehors de cette sphère va, quant à lui, être freiné par
les interdits bibliques, aussi bien que par l’assimilation quasi-totale
de l’art à l’art religieux non juif pendant des siècles, en terre
chrétienne et aux interdits plus stricts en terres d’Islam. Il faudra
attendre les lumières et la laïcisation de la société vers la fin du
18ème Siècle pour que la porte s’ouvre aux artistes juifs. En
parallèle, le développement du commerce et d’une bourgeoisie juive
induira une demande croissante pour les objets d’art cérémonial juif
appelés depuis les « Judaïcas ».Art Juif et Sionisme
L’aile intellectuelle du sionisme conduite par Ahad Haam (cf
Yerouchalmi N° 21)
pensait que les juifs s’assimileraient en l’absence d’une forte culture
juive et militèrent pour faire d’Israël un centre de renouveau culturel
du judaïsme. L’artiste
Boris Schatz (photo) créera ainsi en 1906
l’Institut Betsalel
à Jérusalem, dans le but de former les nouveaux artistes juifs. Son
succès fut d’ailleurs tel que nombre de juifs cultivés prénommèrent
leurs fils Betsalel, prénom biblique qui trouva un ainsi un regain de
popularité...
Depuis, les artistes juifs ont participé à
tous les courants existants. Certains seulement ont fait jouer à leur
culture juive un rôle prépondérant dans leurs oeuvres. Les autres y ont
puisé des sources d’inspiration ou une sensibilité, indirectement
matérialisées, fussent-elles émotionnelles, esthétiques ou liées aux
destinées du peuple juif.
Les débuts de "l'Art Juif" Le premier peintre juif fut
Moritz Oppenheim (photo) qui tenta de laisser trace de l’identité juive allemande à une époque de grande assimilation.
Maurice Minkowski (photo) et
Samuel Hirszenberg illustrèrent la hantise des pogroms, tandis qu’un esprit de résistance anima l'oeuvre de
Lazar Krestin
Max Beckmann (photo) illustra la vie des juifs aisés de Francfort.
Max Liebermann (photo) fut le père de l’Expressionnisme allemand mais son assimilation rendit son judaïsme peu discernable dans ses oeuvres.


En Russie vers 1915,
El Lissitzky, Nathan Altman, Issachar Ryback, Joseph Tchaikov (photo 1) et Boris Aronson développèrent un art moderne juif, courant dans lequel s’inscrira
Marc Chagall (photo 2).

En Israël,
Nahum Gutman (photo) peignit Tel Aviv plutôt naïvement, et
Yosef Zaritsky peignit
Sfat sous l’influence relative de Cézanne.
L'Ecole de Paris
Les artistes juifs fuyant les ghettos d’Europe de l’Est et l’orthodoxie
familiale vont constituer, au début du 20ème Siècle, une grande partie
de
« l’Ecole de Paris », autour de La Rotonde, du Café du Dôme,
et de La Ruche à Montparnasse. Cela, dans les traces du fauvisme, du
cubisme du dadaïsme puis du surréalisme.


Ils vont y rencontrer
Modigliani (photo 1),
dont la culture juive de base est quasi absente de ses oeuvres, à
l’exception toutefois de son oeuvre « La juive » et de son utilisation
ça et là dans ses dessins de lettres ou symboles juifs. Ils seront
aussi influencés par Pascin ou Marcoussis qui, tous 3, viennent de
familles aisées et émancipées. Aucun art spécifiquement juif n’émergera
de cette Ecole, à l’exception notable des oeuvres de
Chagall et de Soutine (photo 2), relativement
à une sensibilité qui se dégage de ses tableaux. Cependant, l’influence
de cette Ecole sur les artistes israéliens sera essentielle.
Autres Ecoles et Art Juif israélien
On peut citer comme autres peintres de l’entre deux guerres
Chana Orloff et ses portraits, ou
Jacob Lipchitz et Max Weber (photo) inspirés par le cubisme.

Depuis la dernière guerre, la tragédie de la Shoah a influencé de nombreux artistes comme
Mordechai Ardon (photo) ou
George Segal.
L’Art juif israélien s’est développé et nous y consacrerons un prochain article. Citons les oeuvres de
Reuven Rubin (
photo ou Abraham et les 3 anges) très inspirées du judaïsme, les paysages de
Isaac Danziger ou ceux de
Anna Ticho (
photo, visibles notamment au Beth Ticho à Jérusalem),

les tableaux aux scènes bibliques de
Gabi Klasmer ou de
Samuel Bak (photo), les mythologies de
Menache Kadishman,

ainsi que les oeuvres abstraites du fameux
Jacob Agam (photo).
L'Art Juif Moderne
(Tableau de Yaffa Wainer, peintre moderne israélienne)Depuis
20 ans, on assiste à une quête croissante d’identité juive parmi les
jeunes artistes, qui essaient de l’exprimer sous des angles cependant
très personnalisés.
Ce souci est à mettre en parallèle avec
la volonté exprimée au début du siècle de développer une culture juive
qui amenait, comme aujourd’hui, à puiser dans le passé pour tracer un
présent et un futur qui s’en inspirent tout en s’en autonomisant.
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