Le jeune et brillant Lionel Allouche
Un juste, victime de la barbarie ordinaire
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S’il avait survécu, Lionel Allouche serait avocat depuis un mois et fêterait ses 28 ans. Le 22 mars dernier, au cœur de Paris, il a été roué de coups par des jeunes (cf. Dossier complet ci-dessous). L’un d’eux réclamait sa remise en liberté, au grand dam des proches rassemblés devant le Palais.
Sabrina Allouche masque ses larmes derrière ses lunettes de soleil. Son mari dissimule son chagrin comme il peut, toujours dans le deuil. Leurs enfants les réconfortent : Emmanuelle, la grande sœur ; Harry, son cadet, en 4è année de droit,
qui portera haut les convictions de Lionel ; Annabelle, la
petite sœur, qui veut être juge, «plus que jamais».
Il
y a aussi les amis, tels Me Elissa Darvish, qui se souvient d’«un homme aimant tout le monde», Gérard
Nicolay, Directeur de l’Ecole du Barreau, qui regrette son élève «brillant et apprécié de tous». Et puis, un jeune garçon
des Yvelines qui ne connaissait pas
Lionel, sauf par Facebook, et cela suffit pour qu’il soit là,
à manifester dans le silence... La famille et les amis de Lionel Allouche trépignent d’impatience : ils veulent savoir si la chambre de l’instruction acceptera la requête de Yann M., dont l'avocate demande la libération car «mon client a nettement pris conscience du drame. Il est très affecté. Il a commis un geste qu’il regrette profondément». Devant les grilles de l’édifice, où des banderoles à la mémoire de Lionel ont été déployées, Sabrina Allouche qui dit «ne plus vivre» n’en revient pas : "Comment peut-il oser alors qu’il a tué mon enfant ? Je suis là pour que justice soit faite, pour que mon fils, qui voulait servir la Justice, repose en paix".
Les débats se tiennent à huis clos et le détenu intervient en vidéo : il n’a rien à dire et souhaite juste sortir. L'avocat général requérant le maintien en détention déclare "il y a trouble à l’ordre public, nous ne sommes qu’à six mois des faits, et l’instruction est en cours. Il faut penser à la famille brisée, au jeune homme qui devrait être là, à mes côtés, portant la même robe… Lionel Allouche, fini à coups de pied !»
In fine, les agresseurs comparaîtront devant la Cour d’Assises, poursuivis pour coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner,
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DOSSIER COMPLET
Les circonstances du drame
Le jeune homme, Lionel Allouche, âgé de 27 ans, a succombé aux blessures que lui ont
infligées, à l’aube du dimanche 22 mars, trois petits malfrats dont le
seul objectif, cette nuit-là, était d’entrer dans une discothèque de
Saint-Germain-des-Prés, à Paris.
L’altercation a dégénéré au moment où
Lionel Allouche quittait la boîte : des mots, des insultes, l’élève
avocat qui tente de ramener les jeunes à la raison, qui semble même y
parvenir, jusqu’à ce que l’un d’eux lui fracasse une bouteille sur la
tête. Par-derrière. La violence du coup a détruit une partie de son
cerveau. Puis l’acharnement, à coups de pied, a accentué les dégâts,
irréversibles. Mort cérébrale, ont annoncé les médecins. Six jours plus
tard, le cœur de Lionel a cessé de battre.
La famille horrifiée La famille du blessé avait dû attendre longtemps avant d’être alertée
par l’hôpital. « A six heures du matin, j’étais inquiète, j’ai réveillé
maman, explique Emmanuelle, la sœur du défunt. Lionel sortait peu et
n’était pas du genre à rester dehors jusqu’à l’aube sans prévenir.
C’était un fils aimant et respectueux. Vers 8 heures, j’ai réussi à
savoir qu’il était allé en boîte dans le VIe et j’ai téléphoné au
commissariat. On m’a répondu : votre frère est majeur, attendez deux
jours. On a appelé tous les hôpitaux, en vain. Finalement, à 11 heures,
la Pitié-Salpêtrière nous a recontactés, ils avaient trouvé Lionel. Le
médecin a dit venez, c’est grave. Cela a été le début du cauchemar. »
En vain, depuis la tragédie, la famille Allouche cherche une
explication, oscillant entre la révolte, légitime, et la sagesse qui a
toujours dirigé ses actes : « C’est une preuve supplémentaire de
l’agressivité, de la haine qui domine aujourd’hui. Un drame ordinaire
provoqué par la bêtise humaine. » Afin de la contrer, Harry, le petit
frère qui étudie aussi le droit, endossera la robe de Lionel et portera
haut ses convictions humanistes. Annabelle, la petite sœur, veut être
juge, « plus que jamais. » Mercredi, les cris de la maman ont déchiré
le cœur des quelque quatre cents amis de Lionel Allouche, à Pantin.
Parmi eux, il y avait Karim Achoui et Jean-Yves Le Borgne, ses
confrères.
Hommage à Lionel Allouche
Avant d’observer le rituel de la semaine de deuil, sa soeur raconte le
dernier jour d’une vie exemplaire. Ce vendredi 27 mars, le pénaliste Karim Achoui, à
qui Lionel Allouche vouait une amitié sans failles, a convaincu le
vice-bâtonnier de l’Ordre des avocats de Paris, Me Jean-Yves Le Borgne,
d’intercéder en faveur de l’élève qui devait prêter serment dans cinq
mois. Le ténor a foncé à la Pitié-Salpêtrière. Avec Karim Achoui, il a
obtenu l’assurance, auprès de l’Ecole de formation du barreau, que le
diplôme de Lionel lui sera délivré à titre posthume, en septembre, et
remis à sa famille. « Me Le Borgne a serré la main de mon frère et lui
a dit je t’appelle désormais confrère, tu es des nôtres, témoigne
Emmanuelle. Ce fut un immense honneur. Lionel aurait été si fier… ».
« Il est parti en paix, entouré
d’avocats qu’il admirait, du directeur de son école, des élèves, du
rabbin. Il y avait un monde fou à l’hôpital et, malgré notre peine,
j’étais heureuse.» Lionel Allouche a été enterré, mercredi 1 avril au cimetière juif de Pantin sous la caresse du chaud soleil printanier, en présence de sa famille, de ses amis, des étudiants en droit dont il était l’un des brillants sujets, et de nombreux avocats. La petite foule, recroquevillée sur sa douleur, lui a rendu hommage dans le carré juif du cimetière de Pantin, au cœur de l’Ile-de-France où il avait grandi : hommes et femmes, jeunes et vieux, de toutes confessions, réunis dans l’incompréhension du drame injuste qui a ravi Lionel aux siens.
Lionel, si juste et si bon Dans le regard de ce si beau garçon, se nichaient la gentillesse et le bonheur. « Il avait choisi le droit parce que les injustices le révoltaient, explique sa soeur Emmanuelle. Cela faisait sept ans qu’il étudiait dans le but d’aider les autres. Lionel attendait son diplôme pour s’accomplir. Il se consacrait à son travail, visitait des détenus, pratiquait le basket, lisait beaucoup ; il ne sortait quasiment jamais. » Le hasard l’a placé sur le chemin de jeunes excités, 20 ans à peine, souhaitant en découdre : « C’était de la racaille, des gens juste là pour provoquer les autres. Lionel a été frappé alors qu’il leur tournait le dos. A nos yeux, ce sont des traîtres ! »
Les suites judiciaires Les policiers du VIe arrondissement parisien, où s’est déroulée l’agression, ont procédé la nuit même à l’arrestation des trois jeunes gens qui ont mortellement blessé Lionel Allouche, dimanche 22 mars, grâce au témoignage d’une jeune fille qui a assisté à la scène. Si ses agresseurs ont bien été
arrêtés, seul celui qui l’a mortellement frappé est resté en prison.
Ses parents ont décidé de se constituer partie civile. «
La mort est toujours atroce, souffle Emmanuelle, mais là… Je n’arrive
pas à comprendre. Mon frère était la douceur même, tous ses directeurs
de stage, en Espagne, en Belgique, à Paris, vous diraient combien il
était gentil, discret, si poli, tellement humain. Pourquoi nous l’avoir
dérobé ? Lionel avait coutume de dire qu’il y a toujours une justice,
en tout et pour tout. J’espère qu’il avait raison et que justice lui
sera rendue. »
A ce stade
les témoignages excluent toute allusion au judaïsme de la victime au cours de l'altercation et du meurtre
. Yerouchalmi, plus prudent que la famille et que les médias juifs, estime cependant que
cet aspect de l'affaire est loin d'être classé et qu'il appartiendra à
la justice de dire si son judaïsme n'aurait
pas incité ses agresseurs à une violence aussi exceptionnelle
qu'inutile.